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Until Dawn, la peur au ventre

Il était une montagne qui avait enseveli en son sein un passé mystérieux. Une famille en proie à un dégénéré, une fête d’adolescents à la limite de la débilité qui se finit sur la mort de deux jeunes jumelles, et une neige sans fin qui recouvre la silhouette de macabres événements, c’est dans cette atmosphère que nous plonge Until Dawn, le dernier né de Supermassive Games. Empruntant des ingrédients dans le chaudron des méandres de l’horreur cinématographique, puisant son essence dans des œuvres telles que Evil Dead, The Descent, Halloween ou la Cabane dans les bois, cette expérience vidéo-ludique fut pour moi une véritable surprise.
Je n’attendais rien de cette dernière, elle ne devait être qu’un apéritif morbide avant le tant attendu Metal Gear Solid V. Les bandes annonces avaient laissées place à un sentiment de méfiance, la peur de me retrouver face à de l’horreur superficiel, créée à l’aide de jumpscares à l’antipode de la subtilité, dénuée d’une once de gameplay. Qu’il est bon, parfois, d’avoir tort ; car j’ai eu tort de considérer Until Dawn comme tel, et je vais vous expliquer ici pour quelles raisons nous avons été remis à nos places, mes préjugés et moi.

Until Dawn™_20150902215733Une soirée à Blackwood

Passée une introduction où nous assistons au funeste destin de deux sœurs, c’est dans un chalet dissimulé par la pénombre que prend place le jeu. Le frère des deux jumelles, un an après leur tragique disparition, décide de faire une fête en leur hommage avec les amis présents lors de cette fameuse soirée de l’an passé. Nous faisons la rencontre des quelques personnages principaux, ayant chacun leurs caractéristiques et chacun le béguin pour un autre adolescent présent ce soir-là. Tous les clichés sont présents. Le comique de service, mais vaillant, la jolie intello un peu timide, le sportif pas très futé, le tombeur pas très subtil, etc. Le début du jeu fait peur, non pas pour son côté horrifique, mais pour ce taux de stéréotype s’élevant déjà au dessus de la barre du respectable en à peine dix minutes de jeu. Mais n’aies crainte, lecteur ; si tes premiers pas en ce sombre univers te paraissent inutiles et stupides, ils ne servent qu’à te rapprocher des protagonistes et même, des antagonistes. Il est en effet chose sympathique que le joueur va aimer certains lurons de cette joyeuse bande et en détester d’autres, et ce, par rapport à leurs caractéristiques, mises en avant dès ce prélude. Ce point a de l’importance pour la suite puisque Until Dawn jouera avec le joueur autant qu’il jouera avec lui en mettant ses personnages, adorés ou hais, dans des situations périlleuses, dangereuses, voire ignobles. Il est donc évident qu’il s’agira de plus se concentrer sur la survie d’un tel plutôt qu’un autre, en fonction de notre affection pour ce dernier. C’est après cette présentation des personnages et de l’environnement que les choses sérieuses vont prendre place. Claquements de portes, bruissements dans les feuillages, lumières vacillantes, nous sommes bel et bien dans une œuvre horrifique.

Si le scénario paraît très convenu, ce n’est pas forcément le cas. Bien entendu, le côté cliché assumé laisse place à de grandes lignes cousues de fils blancs. Mais plus nous avancerons dans la nuit, chapitre après chapitre, plus l’histoire sera prenantes, de par ses quelques rebondissements sympathiques.

Cependant, le scénario d’Until Dawn peut être d’une opacité totale pour qui n’ira pas fouiller les sombres décors qui s’offrent à lui. L’exploration est donc de mise. Coupures de journaux annonçant un psychopathe en cavale, messages vocaux de la police, photos des deux jumelles disparues, tous ces indices seront là pour dévoiler un peu plus la profondeur de l’histoire. En plus de ces objets, le joueur pourra tomber, soit par une fouille fort fructueuse des sombres décors, soit par pur hasard, sur des « totems » . Ces petits objets font partie intégrante du gameplay puisqu’ils annoncent certains événements qui pourront se réaliser par la suite. Un danger, une chance de sortir d’une situation délicate, une mort inévitable. Tels seront les messages fatalistes ou non qui seront recrus dans ces reliques de bois. Au joueur de les chercher et d’éviter que le sort se réalise en prenant compte de ces mystérieuses visions. Trouver ces totems formera aussi une sorte de frise chronologique dans le menu, qui donnera naissance, morceau par morceau, à une vidéo explicitant mieux ce qui se trame à Blackwood. Il est donc fortement conseillé de tous les trouver afin de réunir toutes les pièces du puzzle, sans quoi la ligne scénaristique semblera bien fade.

L’exploration est l’une des phases importantes composant le gameplay. Se jouant à la manière d’un jeu horrifique classique, lampe torche en main et plans de caméra fixes, la majeure partie du jeu se fera sous forme de film interactif entrecoupé de choix. C’est un point qui pouvait faire frémir de crainte, aux vues de jeux tels que les œuvres de David Cage, malheureusement plus cinématographiques qu’interactives. Until Dawn s’en sort tout à fait haut les joysticks. Il faut savoir que le titre suit la tendance des séries interactives de Telltale Games. Le jeu est donc découpé entre phases d’exploration, comme nous avons pu le voir plus haut, et des scènes se laissant visionner, parsemées de QTE et de choix. L’impression en sortie de jeu est donc d’avoir vu un très bon divertissement, mais est-ce suffisant pour être un bon jeu ?

Sommes-nous spectateurs ou acteurs face à Until Dawn ?

Depuis le succès fulgurant et assez inattendu de The Walking Dead, par le studio américain Telltale Games et la reconnaissance certaine des œuvres de David Cage telles que Heavy Rain ou plus récemment Beyond Two Souls, nombre de drames interactifs voient le jour et rencontrent un public conséquent. Le principe de ces jeux est simple : Il faut immerger le joueur dans une histoire, qui se laissera appréhender comme une expérience cinématographique, dans laquelle le gameplay se limite à des choix, des QTE et une mince partie d’exploration. Si le succès de ces jeux est assuré, c’est en grande partie de par le fait que le gameplay soit abordable par tous. Il n’y a en effet pas besoin d’être un joueur extrêmement bon pour voir le bout d’un titre de ce genre tout nouveau et en pleine expansion. Tout le monde peut en faire l’expérience. Si nous devions trouver un ancêtre à ce nouveau genre, nous pourrions citer le Point & click, qui avait cependant souvent un gameplay orienté énigmes et où la part de choix était rarement présente. Mais nous retrouvons quelques similitudes, comme le fait que le joueur suive l’histoire sans avoir besoin d’être profondément bon pad en mains et que la narration soit plus présente que le reste. Car en effet, le premier critère de réussite pour un drame interactif, c’est d’avoir une narration excellente, de tenir le joueur en haleine par d’autres moyens que par le gameplay. Mais c’est aussi par la notion de choix, qui prend une place majeure dans l’aspect interactif et qui légitime le fait que l’œuvre laisse le joueur acteur et spectateur. C’est ce que n’a pas réussi à faire David Cage avec Beyond Two Souls, alors que les développeurs de Supermassive Games ont totalement compris ce point, à l’instar de l’équipe derrière The Walking Dead ou encore celle ayant mis au monde l’excellent Life Is Strange.
Dans Until Dawn, la notion de choix est parfaitement mise en œuvre et le joueur est réellement joueur et non pas seulement visionneur. Ici, il n’est pas question de lâcher la manette, comme si nous regardions un film. Premièrement de par la présence de QTE très punitifs et de ce fait, tout à fait justifiés, et ensuite, de par l’importance des choix et le fait que certains doivent impérativement être fait dans les délais les plus brefs. Un seul faux pas peut se solder sur la mort d’un personnage ou une situation dont il sera compliqué de s’extraire. De plus, la maîtrise du rythme est sans aucune faille. Tout s’enchaîne de manière extrêmement fluide. Les phases de dialogues ne sont pas barbantes car les choix sont nombreux, elles succéderont à des étapes axées sur la fuite, où tout se déroule rapidement et où les QTE et les décisions viendront ajouter du piment et demander au joueur d’être attentif, qui succéderont elles même à des moments de pure exploration qui feront la part belle à l’ambiance sonore et visuelle.

Cette diversité donne une réelle richesse au jeu et fait que nous n’avons pas l’impression d’être devant un film, et c’est quelque chose de finalement très difficile à réaliser. Les développeurs ont réussi à trouver le parfait équilibre entre les scènes où le joueur sera acteur et d’autres où il sera spectateur, de manière à ce qu’aucun de ces deux aspects ne prenne le pas sur l’autre, et c’est sûrement ce qui fait que Until Dawn rencontre un tel succès qui va même jusqu’à étonner Sony. L’alchimie entre le rythme, la narration, l’exploration, la peur, la tension, est réalisée avec tant de virtuosité qu’en plus d’être un divertissement d’une huitaine d’heures excellent, Until Dawn s’avère être un très bon jeu. Preuve en est que la manette n’est jamais abandonnée plus de quelques minutes. Pour revenir une dernière fois sur la notion de choix, elle est d’autant plus maîtrisée du fait que le joueur puisse prévoir la portée de certaines de ses décisions, grâce aux totems qu’il aura découvert au préalable.

CONCLUSION

TRÈS BON

Malgré le fait que l’on puisse reprocher à Until Dawn quelques défauts techniques liés à une exagération des animations faciales des personnages, un scénario peu subtil dans ses grandes lignes et des personnages un peu trop clichés -notons que le fait que ce soit assumé n’est pas forcément une excuse- , on passe devant ce drame interactif un excellent moment, avec un choix de gameplay réellement maîtrisé et justifié, ainsi qu’une ambiance fidèle au genre horrifique, tirant ses références dans de nombreuses œuvres cinématographiques. Dotée d’une direction visuelle au poil et d’une bande son qui arrive parfois à nous glacer le sang, la production de Supermassive Games s’avère être un succès de taille et on espère voir des titres de cet acabit plus souvent.



One comment:

  • Salut,
    Ce jeu d’horreur est extraordinaire ! J’avais l’impression d’être dans un film. Le scénario est intéressant et les personnages sont plaisants également. De plus, on a eu droit à un gameplay tout à fait fluide.

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