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The Order 1886, analyse d’un échec

Comme l’indique le titre, The Order 1886 est un exemple. C’est un exemple pour les futures créations, montrant tout ce qu’il ne faut pas faire. Ce jeu est l’archétype du pétard mouillé et est l’un de ces titres qui poussent le média vers le bas. Pourtant, il n’a pas que de mauvais points, mais les bons côtés ne sont pas assez importants face au reste, nous laissant un goût amer lorsque le générique de fin s’achève. Pour comprendre pourquoi la production de Ready at Dawn et Santa Monica Studio est un échec, il faut remonter en février 2015, mois de la sortie du titre.

Beau mais idiot

Comme les bandes annonces pouvaient faire saliver. Un univers intriguant, des décors majestueux, une ambiance mystérieuse et une direction artistique admirable, mais par-dessus tout, une technique graphique exceptionnelle, montrant ce que la Playstation 4 pouvait faire de mieux. Seulement, peu à peu, d’autres images du jeu furent montrées, présentant le gameplay. Une odeur de scripté et de non-jeu commençait à arriver aux narines des joueurs. C’était un rail-shooter qui se dessinait tout doucement. Au revoir alors l’exploration, le gameplay aux nombreuses et intéressantes mécaniques. Mais soit, après tout, il ne faut jamais se fier à une seule bande annonce, le jour de la sortie du titre allait confirmer ou non les doutes qui commençaient à émerger dans la sphère vidéoludique. Puis, le 20 février 2015, c’est le drame. Les doutes laissent place à la colère, les joueurs ont pu s’essayer à The Order. Polémiques, protestations au sein des forums, scandale pour certains, véritable arnaques pour d’autres, voilà ce qu’a créé ce titre. Différents objets expliquent toute cette haine générale qui ravageait les forums et les internets. La première étant que la durée de vie est extrêmement faible, beaucoup trop faible pour des joueurs qui auraient payé cette pseudo œuvre au prix fort. Il y a dans cette raison un point avec lequel je ne suis cependant pas d’accord. La durée de vie, aussi mince soit-elle, n’est pas forcément un problème et il existe d’excellents jeux qui ne durent que cinq heures, plus ou moins comme The Order. Mais ces jeux, comme le très bon Vanquish, ont la qualité d’avoir un gameplay souvent bien huilé et intéressant. Durant les cinq heures de jeu, on joue réellement. C’est ici que réside le problème majeur de The Order : Sur les quelques petites heures que nous passerons devant ce dernier, on ne jouera pratiquement pas et quand on joue, on ne fait que semblant de jouer.

Une petite explication s’impose quant à ce dernier point. Le système de jeu est à mes yeux l’une des plus grosses fumisteries de ces dernières années. On ne joue pas, dans The Order. On ne fait rien. Bien sûr, il y a des gunfights, faits sous forme de Third Person Shooter, avec un système de couverture classique. Mais même durant ces phases, le jeu ne nous laisse pas être acteurs. Ces phases sont là pour mieux faire passer la pilule, et laisser croire qu’il y a un intérêt certain à garder la manette en mains. Il suffit de se positionner derrière un mur, de ne pas en bouger, de viser les ennemis tranquillement, se cacher derrière le même mur s’ils décident de s’énerver un peu et c’est tout. Voilà comment se résume le gameplay de The Order. C’est l’exemple parfait du manque de fun dans le jeu vidéo. Créer un système de jeu complètement anecdotique pour berner le joueur est quelque chose qu’on ne peut que blâmer. Mais, il existe aussi bon nombre de créations ayant un système assez similaire. Cependant, ces derniers ont quelque chose d’autre à apporter, comme de l’exploration, un scénario en béton. En général, une œuvre n’est pas seulement ornée de défauts et a une qualité à apporter qui, au final, remonte le niveau global. Est-ce pourtant le cas pour The Order ?

The Order: 1886

Même si l’envie est là, je ne vais pas démolir chaque pan du jeu par plaisir. Donc pour répondre à la question précédente, c’est un timide non. The Order 1886 propose quelques bons points, comme son excellente direction artistique. Il est vrai que les décors sont superbes et s’en dégage une atmosphère très bien maîtrisée. Les couleurs pâles, la brume et l’architecture tirant ses références de l’époque Victorienne, forgent un univers admirable. De plus, le personnage que nous incarnons est amené à parcourir des souterrains où l’ambiance y est somptueuse, poussée vers le haut par de superbes effets d’ombres et de lumières, ainsi qu’une bande son de haute volée, accentuant la crainte de ce qui croisera notre chemin. The Order n’est donc pas exempt de quelques qualités certaines et ce qui est le plus admirable est indéniablement sa technique graphique. C’est la première chose qui marque lorsqu’on commence la partie. Les graphismes sont d’une magnificence extrême. La capacité technique a été poussée à son maximum pour un rendu époustouflant et qui laisse aisément tout spectateur bouche béante face à une telle beauté. Les décors sont parsemés de détails accompagnés de textures réalistes. C’est un fait, The Order 1886 est un très beau jeu. Seulement voilà, est-il possible de le qualifier de bonne œuvre pour les qualités énumérées précédemment ? Malheureusement, non. Le titre n’est qu’une vitrine dont on ne peut briser la glace pour approfondir un minimum. Extrêmement dirigiste, aucune véritable exploration n’est permise. On ne peut que parcourir les magnifiques environnements qui nous émerveillent, sans avoir le privilège d’interagir avec eux. On ne fait qu’avancer et se battre contre des hordes d’ennemis, et au vu du gameplay lié à ces phases, la déception n’en est qu’accentuée.

Il y a un aspect du système de jeu qui finit d’écraser les miettes de ce qui restait d’intérêt : les QTE. Je ne suis absolument pas réfractaire à ce système de jeu en général, je trouve même cela plutôt sympathique lorsque c’est bien utilisé, comme dans Until Dawn, par exemple. Or, ici, ils ne sont là encore une fois que pour faire croire au joueur qu’il a une influence sur le jeu. Ils n’ont absolument aucun intérêt autre que celui-ci, et c’est ce qui forge le fait que The Order 1886 soit, au-delà du mauvais jeu, un doigt d’honneur levé mesquinement vers les joueurs avec une malhonnêteté assez détestable. Le problème n’est pas que le jeu soit raté, mais plutôt que ce dernier veut noyer son véritable but, qui est de seulement s’axer sur la technique graphique et la direction artistique, en balançant comme de vieux torchons sales des éléments bâclés à la face du joueur. Autre chose qui va dans ce sens : le scénario. Il n’est pas mauvais en soit, il se laisse suivre de manière plutôt plaisante, sans néanmoins relever du génie. Mais la fin, sans la dévoiler, est complètement bâclée pour aboutir à l’un des cliffhanger les plus forcés qu’il m’est été donné l’occasion de voir. Ce point est pour moi complètement représentatif du manque d’honnêteté et de bonnes intentions liés à ce jeu.

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Pour conclure, je ne pense pas que les développeurs soient réellement à mettre en cause, et tous les exécrables défauts que j’ai pu énumérer durant cette critique relèvent certainement plus d’une trop grande focalisation sur un seul aspect extrêmement bien réalisé au détriment des autres, plutôt que sur une véritable intention de prendre les joueurs pour des idiots. Mais The Order 1886 a été l’exemple détonnant de ce qui ne passe pas aux yeux du public, et c’est à juste titre qu’un lever de boucliers s’est opéré après la sortie du titre. Quand le gameplay n’est finalement là qu’à titre d’artifice afin de faire la promotion d’une technique graphique exceptionnelle, c’est forcément que le titre est un échec total. Il n’y a donc qu’une chose à espérer : que les futurs développeurs prendront notes des pseudo-polémiques pour ne plus faire ce genre d’erreurs.



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