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Interview de Christophe Héral, compositeur de musiques et de sons

Christophe Héral, l’homme derrière la musique de plus de trente courts métrages et de quelques longs métrages, ainsi que la musique de l’excellent Rayman Origins et du fabuleux Rayman Legends, mais aussi de Beyond good and evil et Tintin : Le secret de la licorne, nous a fait le plaisir de répondre à une série
de questions qui nous semblaient intéressantes. Ce qui suit est donc l’interview de cet homme à la fois extrêmement talentueux et parfaitement humble. Voici le site du bonhomme si vous voulez en connaître un peu plus sur lui et sur ses compositions : http://www.prod-erable.com/.

 

Cokoro : Bonjour Christophe Héral. Je ne vais rien vous apprendre mais vous êtes musicien depuis très longtemps, vous avez composé des musiques et créé des sons pour des films et des courts métrages d’animation comme par exemple La queue de la souris en 2007 ; L’Ondée en 2008 ou encore Kérity, la maison des contes en 2009, entre autres.
  Vous avez aussi travaillé sur des musiques de jeux vidéo aux côtés de Michel Ancel sur des titres comme Beyond Good & Evil ; Rayman Origins ou plus récemment Rayman Legends, mais aussi sur la musique de Tintin et le Secret de la Licorne. Vous êtes donc compositeur pour différents domaines, est-ce que composer pour un jeu est très différent de composer pour un film d’animation ? Avez vous une préférence ?

Mon travail est de composer de la musique, et parmi toutes les productions citées, il y a eu aussi en même temps que la production de Rayman Legends l’écriture d’une pièce commandée par l’Orchestre National de Montpellier, un poème symphonique qui réunissait 6 orchestres autour de la méditerranée et un chœur de 120 gamins.

Ai-je une préférence pour tel ou tel support ? Franchement pas, la musique de scène, de film ou de jeu reste avant toute chose de la musique. Alors oui, bien sur qu’il y a des différences entre les systèmes de narration mais elles relèvent de la spécificité de chacune d’entre elles, et puis il y a tellement de différences entre deux films d’animation et tellement de différences entre deux jeux que je n’arrive pas à généraliser.

L'ondée, un court métrage subtil et touchant L’ondée, un court métrage subtil et touchant

Cokoro : Vous avez un style musical qui diffère drastiquement de ce que nous avons l’habitude d’entendre dans d’autres jeux vidéo, est-ce une volonté chez vous de faire quelque chose qui sorte de l’ordinaire pour ouvrir de nouvelles fenêtres musicales pour le jeu vidéo ou est-ce purement instinctif ?

Ah ah, non, je ne cherche pas à être original, d’ailleurs je ne pense pas l’être 😉

Si on entend rarement des choses « bizarres » sur du jeu, c’est que souvent les compositeurs ont peur de sortir des conventions , l’uniformisation de la musique existe aussi au cinéma. Dès qu’il y a quelqu’un dans l’équipe qui dit « il faut que ça soit épique », le compositeur sort des chœurs à 200 hommes aussi poilus que chewbaka, et renforcent le rythme avec 45 percussionnistes qui ont tous fait du body building avant de jouer 🙂 Mais plus Hans Zimmer sortira des banques de percussions que tout le monde utilisera, plus j’aurai du travail !

Cokoro : Qu’est-ce qui vous a intéressé dans le jeu vidéo pour que vous tombiez dedans avec Beyond Good and Evil ? Michel Ancel vous a-t-il poussé où avez vous fait le grand saut de vous même en trouvant un intérêt certain dans ce média culturel ?

Faire du Jeu est comme revivre un 24 décembre quand on a 5 ans, c’est avoir des quantités hallucinantes de paquets emballés mais la différence c’est que c’est nous qui mettons les cadeaux dedans 🙂 Pouvoir élaborer des systèmes de jeu, donner une chair au gameplay, un point d’ouïe, des émotions, c’est franchement jouissif, surtout à Ubisoft où les conditions de travail, je parle pour moi, sont assez incroyables.

Michel a su chercher des gens de la narration linéaire, souvent du cinéma d’animation d’ailleurs (graphistes, animateurs, bruiteurs, compositeurs …) pour apporter un savoir faire pas trop formaté .

Cokoro : D’après ce que vous dîtes dans certains interviews, vous n’êtes pas très joueur, mais comme vous travaillez dans ce domaine, vous devez bien avoir un avis. Que pensez vous du média du jeu vidéo en général ? Pensez vous qu’il peut être placé au même titre que la littérature ou que le cinéma ? Et surtout, grosse question qui fait couler beaucoup d’encre depuis pas mal de temps : le jeu vidéo est-il un art ?

J’en sais trop rien, je ne me pose pas cette question, Ico ou Journey m’ont ému, Mario kart me fait passer un bon moment, je ne trouve personnellement pas d’intérêt à jouer à Battelfield, un peu comme la peinture, la musique la sculpture. Même si le jeu n’est pas un art, les ingrédients qui composent la recette de cuisine le sont souvent, la musique, l’architecture, l’art graphique, le cinema …

Si je ne joue pas, c’est surtout par manque de temps, pour tout vous avouer, je vais peu au cinema, peu aux concerts, quand j’ai un peu de temps, je lis des bouquins 🙂

Il y a parfois de quoi se poser la question (ici, un artwork d'ICO et Shadow of the Colossus) Il y a parfois de quoi se poser la question

Cokoro : Un de vos thèmes issu de Beyond Good And Evil a été sélectionné pour être joué au Video Games Live il y a quelques années, il me semble que vous y étiez pour assister au spectacle. Qu’est-ce que ça vous a fait d’entendre l’une de vos compositions jouée en live devant tant de personnes ? L’émotion devait être à son comble.

Le premier concert du Video Games Live fut donné au Hollywood Bowl devant 11000 personnes, l’orchestre était le philharmonique de Los Angeles, c’était très impressionnant, surtout parce que dans une des pistes audio on pouvait entendre chanter ma fille, oui, c’était très émouvant !

Cokoro : Pour Tintin : Le Secret de la licorne, vous vous êtes séparé pour la première fois dans le milieu du jeu vidéo de votre ami Michel Ancel. Était-ce différent de travailler sur un jeu sans lui ? Comment l’avez vous ressenti ?

Michel était au début du projet, mais en est parti pour faire Rayman Origin’s. Le travail avec Jacques Exertier, Hubert Chevillard et tous les membres de la Core Team était exaltant ! C’etait la première fois que je me retrouvais dans l’équipe qui conçoit le jeu, le scénario, le gameplay, le level design, la techno, l’animation, la production, et moi qui représentait la musique et le son, c’était une expérience extraordinaire !
Il faut savoir que c’est assez rare d’intégrer le compositeur autant en amont dans la production, mais je crois avoir apporté quelques idées 🙂

Cokoro : Dans les musiques de Rayman, nous pouvons entendre bon nombre de petites références et aussi entendre que vous vous nourrissez de beaucoup de styles divers et variés. Avez-vous des sources d’inspiration en particulier quand vous composez ?

Non, dans ce jeu on peut entendre de la vielle à roue avec un orchestre symphonique, un ukulélé et un sifflet, du kazoo, des guitares électriques (merveilleusement jouées par David Soltany). Il y a des clins d’oeil à James Bond, de la musique Klesmer, du rock, bref, du grand n’importe quoi 🙂

Cokoro : Pour continuer sur la musique de Rayman, elle est un véritable feu d’artifice de joie et de gaieté, est-ce important pour vous de garder un grain de folie musicale dans un monde où on nous parle de plus en plus de faits tristes et sombres ?

Tout le jeu est comme ça ! Je crois que quand on regarde la palette des couleurs on bronze tellement que les couleurs sont lumineuses 🙂 Du coup, que la musique soit assez joyeuse me paraissait somme toute assez normal ! Rayman n’est pas vraiment un jeu qui fait réfléchir, et c’est vrai que ça fait pas de mal en ces temps de guerres humaines et économiques.

Rayman: Legends, un florilège de couleurs pour un jeu magique... Rayman: Legends, un florilège de couleurs pour un jeu magique…

Cokoro : Dans vos compositions, il y a toujours énormément de sonorités différentes créées par des instruments venant des quatre coins du monde. Apprendre à jouer de tous ces instruments doit demander un travail titanesque. Combien d’instruments savez vous jouer ? Pensez vous qu’il est important de se nourrir d’un éventail conséquent de cultures et de sonorités éloignées ?

Je n’ai jamais compté les instruments qui m’accompagnent dans ma vie musicale, et en plus, chaque fois que je pars dans un pays, il n’est pas rare que j’en rapporte un nouveau. J’adore découvrir leurs sonorités, mais je ne peux pas apprendre à tous les jouer de manière académique (j’ai pris quand même des cours de oud) alors je les joue à ma manière 🙂

Pour moi, jouer d’un instrument c’est un peu comme pour mieux connaitre son pays d’origine, sa langue, ses coutumes …

Cokoro : Je vais passer à la question qu’on doit vous poser à chaque fois mais allez, dîtes le nous, vous travaillez sur Beyond Good and Evil 2 en ce moment ?

Allo ? ccccouuuuiccccc…..brzzzzzzz ….cccrrraaaaccccc…..Houston……Hou..on…..ccrrrouiiiiiicccc….je ne ……vous …entends ….plus …..crraaaccccc

Ça fait un moment qu'on t'attend, toi. Tu le sais ça ? Ça fait un moment qu’on t’attend, toi. Tu le sais ça ?

Cokoro : Quels sont vos projets pour l’avenir, allez vous continuer votre avancée dans le monde du jeu vidéo pour longtemps ?

Tant que des directeurs artistiques m’appelleront pour travailler je répondrai présent, surtout que nous ne pouvons pas savoir quel sera le jeu de demain, il y a un bel enjeu pour le faire évoluer, j’aime les domaines à explorer !

 

Merci à Christophe Héral pour avoir répondu à nos questions avec grande sympathie et toujours cette touche d’humour personnelle. Nous lui souhaitons une bonne continuation pour ses projets d’avenir et actuels. Et qui sait, un jour, nous rencontrerons-nous au détour d’une convention ?