Skip to content

Bloodborne, fly me to Yharnam

From Software fait fi de l’armure, du glaive et du bouclier. Le tournoiement presque dansant autour des ennemis, lent et observateur, pour ne pas dire délicat, n’est plus vraiment de la partie. S’en est fini de la déstabilisatrice parade millimétrée. En lisant ceci et pour peu que vous ayez fait un Souls dans votre vie, je suppose que vous vous êtes évanoui, la larme à l’œil et le regard maudissant les pauvres développeurs nippons. J’ai beaucoup lu, sur les forums et sur certains sites, des avis, positifs ou négatifs, comparant Bloodborne avec Dark ou Demon’s Souls.
Certains sont insatisfaits, d’autres font remarquer ce que le titre a à offrir de plus que ses prédécesseurs. Mais voyons, chers amis, ne savez-vous point lire ? N’avez-vous pas vu que les lettres ne forment pas un Souls mais un Bloodborne ? Ne soyons pas réducteurs envers ce nouveau-né, ne le voyons pas comme le « fils de … », mais plutôt comme un être entier, une œuvre unique. Certes, elle garde des points héréditaires, mais elle n’a pas que ceci pour elle et c’est ce que je vais tenter de vous expliquer dans les prochaines lignes, chers lecteurs au sens critique aguerri.

bloodborneLa noirceur du titre n’a d’égal que la pâleur des brumes lunaires.

Je me balade dans les sombres rues de Yharnam, au style gothique et sombre, Londonien, Victorien. Aux pavés jonchés de crasse et de sang, que la brume a pris comme amant. La lune fait pâlir les zones sombres que la lumière des torches et des feux n’a pas encore prises sous son aile. Personne n’est là pour accueillir l’étranger que je suis. Les portes en bois, que des lanternes rouges illuminent, sont fermées. On me dit qu’on ne m’ouvrira pas. Car ce soir, les rues ne sont pas sûres. Ce soir, c’est nuit de chasse. Alors ma route continue, j’erre au milieu des carrosses trébuchants et des cadavres de bestiaux que moult insectes infestent et dévorent comme s’il s’agissait de leur dernier repas. Je ne sais pas ce qui m’attend, le mystère a enveloppé tout mon être. Je ne suis pas en mesure de reculer, et je ne le souhaite pas. Je suis attiré par cette ville que je ne connais pas, attiré par sa noirceur et par l’odeur du sang. Attiré par ses petites ruelles, ses forêts et ses cathédrales. J’en oublie presque le joystick avec lequel je contrôle mon avatar, car au bout de quelques minutes dans cet univers, l’immersion est totale.Vous l’aurez compris, l’ambiance et l’atmosphère qui se dégagent de Bloodborne sont fort séduisantes dès le premier flirt que vous entretenez avec lui. La ville de Yharnam vous happe en son être pour de nombreuses heures et vous aurez du mal à l’abandonner tant l’envie de découvrir encore plus de ses facettes sera intense. J’en jette la cause sur la direction artistique du jeu. La ville et ses environs fourmillent de détails, de contrastes et de jeux de lumière. From Software voulait faire un jeu sombre, c’est réussi. Les décors sont splendides, mais aussi inquiétants. Une forêt aux arbres immenses, cachant la pâle lumière de l’astre argenté, une cathédrale baignée dans l’ombre que seule votre torche pourra illuminer. Si l’aspect visuel s’avère être maîtrisé à la perfection, il en va de même pour la dimension sonore. De petits cris, des rires possédés, des voix étouffées viendront agrémenter votre aventure et alimenter la tension déjà palpable. Parfois, quelques violons émaneront du néant, éphémères aux notes formidables, avant d’y retourner.Puisque nous en sommes aux croches noires et blanches, je me dois de vous livrer quelques mots quant à la musique de ce Bloodborne, avant de passer à ce qui vous intéresse probablement le plus : le gameplay. Elle est d’une beauté incroyable et en adéquation totale avec l’ambiance visuelle. Toujours très sombres et aux sonorités mineures, parfois inquiétante, parfois épique. On observera une utilisation de la musique très similaire à celle que l’on peut entendre dans le cinéma d’horreur, où l’instrumentalisation sera principalement constituée de cordes et très souvent accompagnés de chœurs. Les développeurs nous avaient habitué à ne mettre de la musique, pratiquement que durant les combats face aux boss. Ici, la musique intervient de manière assez similaire, même si je l’ai trouvée un peu plus présente que dans les derniers titres du studio. Si vous n’avez pas l’intention de jouer à ce jeu, ou même si vous l’avez fini, je ne peux que vous conseiller d’écouter cette magnifique bande son sur Youtube, ou de vous la procurer -légalement bien entendu- lorsqu’elle sera sortie.

bloodborne4Mon tombeau sera votre tombeau

Nous y sommes enfin. Je vais vous donner mon avis sur le gameplay. Peut-être étiez-vous inquiets quant au fait que le jeu aurait pu être simplifié de par une rapidité et un dynamismes accrus, et bien il n’en est rien. Vous allez mourir, beaucoup mourir, énormément mourir. Vous êtes rapides -c’est une belle qualité et je vous en félicite- mais les ennemis le sont aussi, puis ils forment de petits groupes très agressifs. Les gangs de la banlieue de Yharnam sont dans la place et ils ne sont pas ravis de vous voir arriver en leur contrée.
Comme je le disais en introduction, s’en est terminé des parades au bouclier. D’ailleurs, s’en est terminé du bouclier tout court. Il fait place ici à une arme à feu qui servira de contre, pourvu que vous ayez des munitions dans votre poche, limitées au nombre de vingt. Quand votre torche sera rangée, c’est cette arme qui occupera votre main gauche, pendant que votre main droite sera crispée sur la garde d’une épée ou sur le manche d’une hache. Vous pourrez faire fi d’une deuxième arme pour transformer l’arme principale en une arme à deux mains, ce qui vous permettra de faire plus de dégâts et d’avoir une portée plus longue, mais qui vous fera perdre en rapidité. Il sera donc de bon ton de bien analyser vos ennemis pour savoir quelle méthode vous devrez appliquer et à quel moment vous pourrez les contrer avec une attaque faisant des dégâts dévastateurs. Vous pourrez aussi les étourdir en faisant un coup chargé dans leur dos avant de leur assainir le sort qu’ils méritent en leur déchirant littéralement les boyaux, ce qui aura comme conséquence de tâcher votre magnifique manteau en cuir ou en hermine -oui, le sang reste sur les vêtements du personnage, et ça, c’est cool- .
Quelques éléments vont aussi vous aider à récupérer des points de vie, comme des fioles de sang, limitée au même nombre que les munitions, ou encore des attaques lancées directement après avoir pris des dégâts. Vous pourriez penser que ceci facilite grandement le gameplay, mais que nenni, car c’est une technique risquée et il faudra prendre son courage à deux mains pour attaquer à nouveau la créature qui vous aura déjà bien amoché pour récupérer de précieux points de vie.

Finalement, le gameplay de ce Bloodborne n’a pour moi aucun défaut, si ce n’est une caméra parfois un peu hasardeuse. Il est parfaitement huilé, dynamique, juste et sans faille. Je me suis étonné à m’émerveiller devant ce que je faisais parfois après des heures d’entraînement, où je connaissais tellement bien les ennemis que j’avais l’impression de danser avec eux. Un pas en arrière alors qu’ils en faisaient un en avant, un contre bien placé laissant sa place à une course vers l’ennemi pour lui octroyer un fatal coup. Si le jeu joue avec nous de par sa difficulté, il nous donne aussi le plaisir de jouer avec lui lorsque nous avons réussi à le maîtriser. Et c’est ça, aussi, Bloodborne. La satisfaction liée au fait de devenir meilleur et de ne plus faire les mêmes erreurs que quand nous étions au premier niveau.

bloodborne2Invitation au voyage

Je vais conclure ici, en espérant ne pas vous avoir assommés avec ces nombreuses phrases. Mais il était important pour moi de bien détailler tout ce que j’ai aimé dans ce titre. Je me rends compte que je n’ai pas parlé du scénario, il y en a pourtant un, mais je ne vais rien dévoiler. Un conseil pour la route : Lisez les descriptions de tous les objets, sans quoi vous aurez l’impression d’avoir avancé sans avoir croisé une seule ligne de scénario.

CONCRÈTEMENT, QU’EST-CE QUE ÇA VAUT ?

95

EXCELLENT

Bloodborne, c’est une pépite beaucoup trop rare dans la culture vidéo-ludique, une œuvre exceptionnelle qui émerveille de par un gameplay parfaitement mené et par une direction artistique à toute épreuve. Bloodborne, c’est une œuvre plus noir que le jais qui illumine pourtant mes pupilles d’étoiles volatiles quand je repense aux quarante heures que j’ai passé là-bas, à Yharnam. Fly me to Yharnam…

Outlast, préparez les couches Pampers (PlayStation 4)

Le survival-horror est un genre vraiment atypique, non ? Bien qu’il soit avant-tout destiné à faire ressentir la peur et les autres émotions qui lui sont liées, il n’en reste pas moins varié. Bien souvent connu pour être jouable à la troisième personne, en partie à cause des Resident Evil et Silent Hill, le genre a connu une véritable évolution. Et bien entendu, OUTLAST en est le parfait témoin.

Note : A la différence de la version PC, celle destinée à la PlayStation 4, sortie il y a une semaine, a mis un peu plus de temps à voir le jour sur le PlayStation Store. La critique du jeu ne prendra donc pas en compte la version PC car il ne s’agit, ni plus ni moins, que d’un simple portage pour console.

Un jeu à l’ambiance horrifique et palpable…

Le jeu nous colle à la peau d’un journaliste américain qui infiltre un asile psychiatrique et semble vouloir enquêter sur les interventions douteuses qui y sont pratiquées tout en filmant l’intégralité de ce qu’il compte y découvrir. Même si le scénario gagne constamment en intérêt, grâce une intrigue qui se dévoile peu à peu, ce n’est pas ce qui lui permet principalement de se démarquer de la concurrence. Dans Outlast, tout repose essentiellement sur l’ambiance et la surprise.

Les développeurs du studio « Red Barrels » ont, en effet, énormément travaillé et soigné ce détail cher au genre. Dès le début du jeu, l’ambiance est posée. L’asile psychiatrique a de la gueule, et il ressemble vraisemblablement à une sorte de manoir mystérieux. Le genre de manoir qui vous met bien mal à l’aise dès que vous l’apercevez. L’idée de s’y aventurer paraît alors saugrenue, tandis que celle de faire demi-tour semble bien meilleure. Mais hélas, le choix n’est pas possible donc, comme un homme, on prend son courage à deux mains et on fonce tout droit, caméra à la main.

Très vite, l’ambiance nous enivre. Le jeu nous mène généralement à traverser des couloirs, parfois tâchés de sang, où les ampoules menacent de rendre l’âme d’un moment à l’autre ou encore une prison, mais aussi à faire la rencontre d’individus morts démembrés et imbibés dans une marre de sang, voire même des tarés nécrophiles qui n’hésite pas à rentrer la carotte dans le poulet mort en public (j’essaie de faire une jolie métaphore, vous m’voyez…). Mais ce n’est pas tout car dans Outlast, l’obscurité est pesante, voire carrément oppressante, et cela fait clairement son effet car celle-ci contribue à nous troubler dans notre avancée. Il est, effectivement, parfois difficile de se repérer dans l’asile, même en utilisant la vision infrarouge de notre caméra, tant l’impression d’être constamment suivi, ou en danger, est omniprésente. Tu cours, tu te caches, puis tu sors de ton trou et là, tu sursautes car un vieux cobaye te colle aux fesses accompagné d’une musique glaçante qui sonne le glas de ta partie étant donné qu’il veut te faire la peau. Le jeu, à défaut d’être déjà perturbant, joue de notre angoisse et s’en nourrit pour synthétiser la peur par la surprise. Simple, mais efficace.

10outlast

D’ailleurs, le gameplay du soft l’est tout autant. Celui s’axe sur un principe des plus simplistes : filmer. Une caméra est en votre possession mais sa batterie est limitée. Il vous faudra explorer toutes les pièces possibles afin d’y trouver de quoi alimenter votre appareil, sans quoi votre avancée se fera dans l’obscurité. Et ça, ce n’est pas très conseillé sachant que Miles, le journaliste, ne dispose d’aucune arme. Un détail assez regrettable car celui-ci est mené à traverser pas mal d’endroits où de nombreux éléments du décors auraient gagné à être utilisés en tant qu’armes de défense (barres de métal, ciseaux, couteaux, etc) mais non, au lieu de ça, il préfère subir comme un vieux sadomasochiste assumé ou courir comme une petite gazelle pourchassé par un lion affamé. Certes, le gameplay se base essentiellement sur cette faiblesse du personnage, présenté comme un anti-héros accompli à l’instar d’un personnage de Silent Hill ou d’Alone in the Dark, mais est-ce une excuse suffisamment valable pour couvrir ce sacrifice ? Les jeux susnommés jouait exactement dans la même cour en se nourrissant aussi des émotions du joueurs, pourtant l’utilisation d’armes blanche ou à feu ne créait aucun déséquilibre sur le travail d’ambiance. Toutefois, il est vrai que la situation est toute autre dans Outlast et il est difficile d’envisager une telle possibilité car le gameplay aurait rapidement été favorisé au détriment de l’ambiance. Les zombies et autres créatures peuvent réapparaître à volonté (ça se tient, quoi), mais pas les humains donc la peur qu’essaie d’instaurer et de maintenir le studio tout au long de son jeu se serait finalement estompée.

D’un point de vue graphique, Outlast est un joli jeu PlayStation 4, mais ce n’est pas non plus la claque graphique. Bon, il est vrai que le jeu est sorti depuis un bon bout de temps sur PC, mais il n’empêche que ce n’est pas ce qu’il y a de plus beau sur le marché. Disons que cela reste correct pour la nouvelle génération, et puis, bien évidemment, cela reste un portage. Au final, la modélisation des personnages, véhicules et quelques autres textures restent moyennes, quelques bugs pointent quelques fois le bout de leurs pixels, et l’apparence de certains personnages non-jouables se répète bien souvent. Outre ces défauts évidents, la direction artistique rattrape bien le coup et nous offre un mélange bien atypique entre le glauque religieux, le gore et les décors insalubres à l’extrême. Dans le même genre, Silent Hill et Forbidden Siren faisait ça très bien à une époque mais il est vrai que le fait que nous soyons à la première personne renforce beaucoup plus l’immersion et la sensation de malaise installée. Tout cela est complété, bien entendu, par une bande-son de qualité qui n’aura pour vocation que de sucer votre bien être telle une sangsue en manque de sa dose de sang. Oui, alors que vous penserez en avoir terminé et que plus personne ne vous collera aux fesses, la bande-son sera toujours là pour vous faire comprendre que le studio veut vous faire remplir la couche pas très propre que vous portez. Joli, non ?

86

Excellent

CONCRÈTEMENT, QU’EST-CE QUE CA VAUT ?

Entre trois mecs à poil, un prêtre taré, un chirurgien fêlé et quelques cobayes foutus, Outlast est un très bon jeu d’horreur qui joue avant-tout de son ambiance, plutôt que des prouesses graphiques et du gameplay. Un gameplay qui se veut, d’ailleurs, simple et efficace afin de permettre au joueur de trouver rapidement ses marques mais aussi de s’imprégner plus rapidement de cette ambiance réussie qui fait mouche dès les prémices du jeu. Outlast draine votre bien-être et se nourrit de votre angoisse afin de synthétiser la peur. Un des meilleures jeux d’horreur et d’ambiance de la génération actuelle.