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Le vent se lève – Ces rêves qui vous poussent vers l’avenir

Annoncé comme le dernier film de Hayao Miyazaki (Voyage de Chihiro, Mon voisin Totoro, Ponyo sur la falaise, …), célèbre réalisateur des studios Ghibli, « Le vent se lève » (Kaze Tachinu) fut attendu avec un énorme enthousiasme par le monde entier. Sorti le 22 janvier dans les salles obscures françaises, le film fut très bien accueilli par la presse et reçut de nombreuses éloges. Des remarques dithyrambiques qui témoignent de la passion, du savoir-faire et de l’amour que Miyazaki a oeuvré dans ce travail faisant office d’hommage à Jiro Horikoshi.

Avant-propos concernant le film et son réalisateur

Lors de sa sortie en Asie, le film « Le vent se lève » a été au centre de quelques polémiques à l’encontre des thèmes abordés s’attaquant parfois à Miyazaki. Les deux pays à avoir soulevé ces vagues de polémiques sont le Japon, et la Corée du Sud.

La population japonaise est bien connue pour être très, voire trop, patriotique. Les japonais aiment leur pays, se repose énormément sur leur propre marché au dépend de l’international, et n’hésitent pas à montrer cet amour nationaliste (ils ne sont pas tous comme ça, attention). Alors, bien évidemment, quand un japonais fait quelque chose qui échappe à leur raisonnement ou ne met pas son pays en valeur, c’est mal. Le Japon étant une île, il souffre du syndrome de l’infériorité et cherche à se complaire dans un idéalisme de supériorité à travers les produits issus de son marché (d’après mon professeur de japonais, lui-même japonais). Le réalisateur a donc été victime d’une vague de propos à son égard le dénonçant comme étant un homme « anti-patriotique ».

En Corée, l’affaire est tout autre. Le film y est vu comme une apologie de la guerre vantant ainsi ses méfaits. Le Japon n’a pas toujours été en de bons termes avec son voisin coréen (et il ne l’est toujours pas… de nombreuses écoles coréennes apprennent aux enfants que le Japon est leur ennemi et qu’il est à haïr), et peut-être bien que cette façon de voir « Le vent se lève » comme tel est le fruit de ces tensions continuelles.

Le film fut très bien accueilli en occident, et cela prête à penser que la critique peut rapidement devenir subjective si une œuvre ne satisfait pas l’ego d’un peuple, ou si son message est mal interprété. Mais bien évidemment, cela ne tient que de ma pensée personnelle.

Un récit poétique où les rêves prennent leur sens

Dans son œuvre, Hayao Miyazaki aborde de nombreux thèmes avec une grande maturité mêlée à une naïveté infantile assumée qui ont souvent fait la force de ses travaux. Le rêve en est un, et il représente l’essence-même du film. Jiro est, en effet, un jeune homme talentueux et passionné qui ne vit que pour son rêve : celui de créer des avions comme Giovanni Caproni qu’il admire et qu’il rencontre souvent dans son sommeil.

Ce monde de songes semble être lié au monde réel, mais en fait, il ne s’agit que du jardin secret de Jiro. Là où les choses qui lui sont les plus chères se trouvent (ses espoirs, ses rêves, son amour, …). Un monde merveilleux bien loin de la réalité qui, elle, vit un conflit. Le Japon est, effectivement, entré en guerre et subi aussi de nombreuses catastrophes naturelles (séismes et incendies) qui ravagent tout sur leur passage. D’ailleurs, Miyazaki ne se tient pas à une image simple de la catastrophe naturelle, mais plutôt à une vision cauchemardesque qui tend à réellement renforcer son aspect dramatique et tragique. Une manière de la représenter qui se veut révélatrice de l’ampleur des dégâts qu’elle occasionne au delà de sa simple manifestation, et ce n’est pas sans rappeler la funeste catastrophe japonaise de mars 2011.

Malgré tout, Jiro rêve toujours de pouvoir créer les avions qu’il ne cesse de dessiner de jour en jour. Ce rêve si fort lui permet d’avancer, d’intégrer une puissante entreprise en aéronautique et de rencontrer de nombreux individus, dont celle qui deviendra sa femme. Le désir de connaissance continuel et les fortes ambitions éprouvées par Jiro peuvent être vues comme une apologie de la science qui, elle même, n’est autre qu’une quête vers le savoir. Travailler pour pouvoir vivre ses rêves, et non rêver sa vie. C’est un peu ce que veut faire comprendre Miyazaki au travers de son ultime chef d’œuvre dans lequel il y appose son empreinte et sa science: « Le vent se lève » est son dernier testament.

 

92

Magnifique

CONCRÈTEMENT, QU’EST-CE QUE CA VAUT ?

Le vent se lève est un récit poétique et mature où se mêlent la passion, l’amour, la fascination et un combat pour la vie mais aussi contre la fatalité du destin. Une maturité à laquelle se rajoute une pointe de naïveté, de joyeuseté et d’innocence qui contraste avec des thèmes bien plus durs abordés et qui permet de rendre l’œuvre accessible à un plus large public. Les enfants y verront une jolie histoire pleine de valeurs et moralisatrice, tandis que les adultes cerneront bien plus la maturité qui se cache dans le fond et verront probablement le film comme une œuvre romantique, musicalement riche et passionnante mais aussi, et surtout, un magnifique hommage au créateur du Mitsubishi A6M Zero.

Evangelion 3.33: You can(not) redo – L’animation japonaise dans toute sa splendeur

Depuis bien des années, le monde de l’animation japonaise regorge de petites perles. Certaines deviennent cultes, d’autres s’étouffent sans qu’elles n’aient le temps de rencontrer le succès qui devrait leur revenir. Parmi celles-ci se trouve un anime qui, aujourd’hui, n’est plus à présenter : Neon Genesis Evangelion, ou Shin Seiki Evangerion de son nom original (« Evangile du nouveau siècle »). Fort de son succès et d’une communauté de fans gargantuesque, l’anime fut adapté en manga ainsi qu’en films d’animation proposant tous deux une interprétation différente du scénario principal, tout en restant fortement fidèle aux bases que créa Hideaki Anno.

    Nommé Rebuild of Evangelion, ou Evangerion Shin Gekijōban, ce projet englobe quatre films d’animation, toujours réalisés par Hideaki Anno et son nouveau studio d’animation Khara, dont l’intérêt est de réadapter l’entièreté des 26 épisodes de l’anime et de proposer une vision différente du scénario, certainement plus simple à cerner, mais aussi se permettre de revoir certaines scènes originales limitées par la technique d’animation de l’époque. Evangelion 3.33 : You can (not) redo (Evangerion Shin Gekijōban: Q ) est le dernier film à être sorti dans les salles obscurs japonaises en 2012, et a rencontré un immense succès : si bien qu’il a dépassé The Dark Knight Rises, le dernier bijou de Christopher Nolan, dans le box-office japonais . Ce succès commercial est en partie dû à une solide communauté de fans, mais le mérite-il pour autant ?

Evangelion 3.33, un réel sens au projet « Rebuild of Evangelion »
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Plan de complémentarité de l’Homme…

Parmi les trois épisodes du projet « Rebuild of Evangelion », celui qui sonne le glas du véritable changement pour la série est sans nul doute le troisième. Hideki Anno avait révélé vouloir se détacher des racines de la série en proposant cette tétralogie. Le premier épisode reprenait, en effet, la ligne directrice des premiers épisodes de l’anime original et la suivait intégralement : c’était une réelle refonte. Un choix totalement compréhensible quand on sait que la compilation est destinée aux néophytes, tout comme aux fans de la première heure. Il était donc question d’apporter quelque chose de nouveau pour les deux communautés bien distinctes. Le deuxième épisode, contrairement au premier, commençait déjà à apporter quelques changements au scénario de base en ajoutant des nouveautés en termes de choix scénaristiques et de personnages. Toutefois, il restait toujours dans les lignes de l’anime tout en essayant de franchir ses frontières, sans véritablement prendre de risques.
Pour information, le titre japonais de chaque film donne un petit indice sur son importance dans l’avancement du scénario globale qui les lie. Le premier finissait par le mot «  » qui signifie « prologue », tandis que le deuxième avait le mot « ha » qui veut dire « Interlude/développement ». Avec un peu de jugeote, on en déduit que ces deux films avaient donc pour but d’apporter les bases, et les développer suffisamment bien pour en faire un pivot. Celui qui a pu relancer la deuxième partie de la tétralogie vers une certaine liberté narrative fortement ressentie dans ce troisième épisode. Toutefois, ce tournant narratif n’a pas forcément été très bien accueilli par les critiques, et a notamment été une demie-déception. Jugé comme étant un épisode de phase inachevé, il n’aura pas conquis tout la communauté.

A titre personnel, et c’est ce dont il est question dans cette review, la narration de ce film d’animation Evangelion ne m’a pas dérangée. Plus posé et axé sur certaines explications, dont les évènements passés durant le laps de temps séparant le deuxième épisode et celui-ci, Evangelion 3.33 dispose d’un scénario solide, fort touchant et toujours aussi passionnant qui a le mérite d’apporter une plus valu aux bases fondées par la série animée, mais aussi à s’éloigner du concept du remake morose. Hideaki Anno connaît très bien sa série, et tente d’offrir une nouvelle approche à ses personnages, aux dénouement et fondamentaux.

Arrêtes de jouer l’enfant pleurnichard !

Parenthèse à part, le film appuie énormément sur le fait que Shinji est totalement perdu dans un brouillard très épais. Une métaphore faite pour désigner la confusion qui a une forte emprise sur lui. Le personnage, jusqu’à son apparence, est considéré comme un personnage fragile, susceptible, désœuvré et qui abandonne facilement son corps à ses émotions. Des traits caractéristiques qui lui valent le fait d’être considéré comme un objet visant à assouvir le plan de Complémentarité de l’Homme, mais aussi comme une gêne dû à ce manque de contrôle sur soi-même qui a valu la perte de l’humanité (cf. Evangelion 2.0).

Autre point à souligner, et ça ne tient que de mon hypothèse, il semble que Hideaki Anno tient à déstabiliser son public principal : la communauté de fans. Et pour y parvenir, il utilise ce scénario de manière à ce qu’elle ne s’y retrouve plus dans les bases qu’elle s’était instaurée ou remémorée, en partie grâce aux deux premiers film, en espérant peut-être que le spectateur s’identifierait mieux au personnage de Shinji et apprécierait les nouveautés apportées.

Evangelion 3.33 aborde des sujets qui suscitent un intérêt certain , sujets, qui n’ont probablement pas percuté tout le monde mais qui méritaient d’être introduits et détaillés calmement et sûrement afin de pouvoir clairement faire la transition avec le futur et dernier épisode. Mais là où ce film est vraiment percutant, pour reprendre ce mot, c’est évidemment sur le travail artistique et technique opéré.

Des prouesses techniques au paroxysme de l’animation japonaise

Fou est celui qui niera que ce film frôle la perfection en termes d’animation et de technique. Evangelion 3.33 débute sur une séquence d’introduction en images réelles et de synthèse très inspirée du Tokusatsu, accompagnée du logo de Ghibli arborant un rouge sanglant qui signe assurément une collaboration de qualité. La séquence pose l’ambiance et rappelle la catastrophe provoquée lors du deuxième épisode, le Troisième Impact. Un début de film exemplaire tant l’animation est d’un niveau cruellement élevé, et qui offre un spectacle terrifiant et éblouissant de la catastrophe.

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Asuka, charisme et beauté. What else ?

Cet avant-propos terminé, le film bascule vers ce qui est son domaine de prédilection, l’animation en deux dimensions. Une animation que l’équipe chargée du projet maîtrise à la perfection et dont elle repousse encore les limites en terme de fluidité de l’action, de techniques et de finesse artistique. Bien que cet épisode ne s’attarde que trop peu sur l’action, les quelques phases de combat ou demandant un certain dynamisme dans l’action laissent contemplatifs devant un spectacle d’une qualité rare. La direction artistique arrive agréablement à poser l’ambiance, offrir un travail remarquable et à accentuer l’histoire plus sombre et mature de cet épisode. De plus, elle contribue à sublimer des scènes fortes qui demandent d’obtenir un certain ressenti chez le spectateur. Les scènes de piano à quatre mains entre Shinji et Kaworu font le parfait exemple pour illustrer cette forme de beauté, sinon on peut rajouter la scène d’action dans l’espace qui est complètement renversante. Ajoutons à cela que les mouvements de caméra sont très bien maîtrisés, et renforcent l’immersion déjà mise en avant par le travail artistique et technique global mais qui ne peut être pleinement forte sans une bande-son de qualité.

Une bande-sonore orchestrale qui tient parfois du génie
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L’une des meilleures séquences du film

La musique a toujours été un point important dans le cinéma, elle permet de donner une toute autre dimension à certaines scènes et à renforcer l’immersion. Comme sur une peinture en noir et blanc, elle y appose des couleurs pour lui donner et lui offrir l’ambiance qu’elle désire. Par conséquent, il était totalement inespérable que ce film Evangelion puisse se passer d’une bande-sonore de qualité tant il essaye d’imposer une ambiance définie, tout comme des thèmes matures. Et le constat est sans équivoque, la bande-sonore d’Evangelion 3.33 est clairement incroyable. Elle nous transporte au cœur de l’action, des émotions et d’une histoire. Les jeux de piano à quatre mains en duo entre Shinji et Kaworu, citée précédemment, tiennent de la jouissance auditive et technique. Une musique nommée « Quatre Mains (à quatre mains) » qui explique et illustre à elle seule la symbiose qui lie les deux personnages. D’autres thèmes orchestraux sont marquant, touchants, et réussissent à faire d’Evangelion, un film riche et profond. Une film qui s’achève sur une touche de tristesse avec une chanson signée par Utada Hikaru, célèbre chanteuse japonaise, fan de la série, ayant opéré sur les précédents épisodes, et portant le nom de « Sakura Nagashi ». Elle tient à approfondir la tristesse ressentie lors des dernières scènes touchantes du film, et celle de Shinji. Encore une fois, afin de rapprocher le public du personnage et de son état.

 

95

Magistral

QU’EST-CE QUE CA VAUT FINALEMENT ?

D’une qualité rarement vue dans le monde de l’animation japonaise, Evangelion 3.33 est un film à regarder quoi qu’il en coûte. Riche et profond vise à éclairer certains points de l’histoire, mais surtout prendre une véritable liberté narrative. Un tournant qui, malgré un mauvais accueil de quelques fans, a réussi à apporter de la plus valu, prendre des risques et offrir une nouvelle dimension à l’œuvre originale. Outre ce parti pris assumé, cet épisode mérite des critiques dithyrambiques car il apporte une richesse, une profondeur et un travail technique, artistique et musical unique dont la qualité le place au sommet de ce qui fait de mieux dans le domaine de l’animation. Evangelion 3.33 mérite le succès commercial qu’il a reçu, mais aussi de toucher un public plus large et qui ne connaît pas forcément cette œuvre qui est reconnue comme étant la meilleure depuis des années.