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Resident Evil 7 à l’E3 : Audacieuse innovation ou perte d’identité d’une saga culte ?

Une vue à la première personne, une maison abandonnée et une ambiance glauque au possible, telle fut le contenu de la mystérieuse bande annonce que Sony envoya au visage du public présent durant l’E3 2016, un court teaser qui se termina sur un très surprenant : Resident Evil VII. Surfant sur le succès que fut le fameux Playable Teaser de Hideo Kojima qui était censé s’occuper du prochain épisode de la saga Silent Hill, Capcom a bel et bien décidé de surprendre en prenant un virage extrême pour sa série phare et en annonçant une démo jouable le soir même ainsi qu’une date de sortie fixée au 24 janvier 2017.

Une amère impression de déjà-vu

 

S’il est clair que l’annonce de ce nouveau Resident Evil va faire énormément de bruit dans la sphère vidéo-ludique, rien n’est moins sûr quant au fait qu’elle trouve le succès qu’avait provoqué son modèle : P.T. Nous pouvons en effet parler ici de modèle tant toutes les démarches autour de ce nouvel épisode sont similaires à ce qu’avait fait Kojima lorsqu’il annonçait en 2014 le nouveau Silent Hill. Passer d’un gameplay à la troisième personne à une vue à la première personne, présenter une bande annonce énigmatique dont personne n’aurait pu imaginer qu’il s’agirait d’une saga si culte, l’annonce d’une démo jouable quelques heures après la conférence, une démo qui d’ailleurs, ne représente en aucun cas le jeu final selon les développeurs, tout est repris à l’extrême sur le projet avorté de Kojima Productions et de Konami.

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Resident Evil est une série qui a toujours réussi à se renouveler quand il le fallait, ainsi, avec Resident Evil 4, la fameuse saga est passée d’une caméra fixe à une vue à la troisième personne. Maintenant que ce format s’essouffle et ne fonctionne plus, avec des épisodes de plus en plus décevants, il est logique que Capcom opte pour une nouvelle formule. Cependant, il est de mauvaise augure que toute la démarche englobant ce nouveau projet soit une copie presque intégrale d’un autre projet qui avait su susciter l’intérêt des joueurs avant qu’il soit tristement abandonné. Cela montre que malgré une volonté de mouvance totale au sein de l’une des séries qui a fait son succès, Capcom ne semble pas être réellement inspiré. Rien ne semble venir d’eux mis à part le copiage de ce qu’avait présenté Konami quelque temps auparavant et comment est-il possible de concrétiser une œuvre exceptionnelle quand ses fondements mêmes viennent pixel par pixel d’ailleurs ?

Ainsi, la démarche de Capcom semble pour le moins superficielle et inquiétante pour la suite. Si l’inspiration n’est pas présente dans les piliers du projet, en sera-t-il autrement pour le jeu final ? Nous pouvons qui plus est nous inquiéter quant au fait qu’une date de sortie soit déjà annoncée et que cette dernière soit temporellement si proche, alors que nous n’avons encore rien vu. Lorsque P.T fut annoncé par Kojima, le projet n’en était qu’à ses balbutiements, ce qui n’est pas le cas pour ce nouveau Resident Evil qui est sur le point de faire ses premiers pas. Malheureusement, la démo proposée en téléchargement aux abonnés PS+ ne nous en apprend pas d’avantage, avec quelques vingt minutes jouables si l’on suit les différents embranchements qui ne sont pas très intéressants. Ce point n’est d’ailleurs pas le seul problème présent dans la démo, qui s’avère être bourrée d’incohérences, comme lorsque notre personnage est occupé à regarder une cassette sur la télévision et qu’après cette scène, un mot se trouve sur la table devant lui, alors qu’il n’y était pas avant, comme si un petit farceur était venu discrètement devant le personnage pour déposer son morceau de papier sans qu’il s’en rende compte. Des absurdités comme celle ci, il y en a plusieurs et cela rend ce teaser jouable plus ridicule qu’effrayant. Bien entendu, elle n’est pas exempte de qualités : l’ambiance est prenante, il y a quelques intrigants mystères, la direction artistique est propre et le nouveau moteur utilisé pour Resident Evil 7 est très convaincant. De plus, la chanson du teaser, qui est une réécriture de la chanson The Old Grey Goose is Dead de David Allan Coe (1974)  semble directement liée à la démo et pourrait donner quelques indications quant au background de cette dernière, ce qui est sympathique mais étonnant quand on sait que cette démo ne sera pas dans le jeu final.

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Capcom semble avoir quelques nettes influences pour son nouveau titre, comme nous le prouve cette fameuse démo. Ainsi, nous nous retrouvons dans un lieu dénué de zombies, ce qui est surprenant quand nous pensons au passé de la série. S’il est bien précisé que cette courte expérience ne représente en rien le jeu final, il est aisé de penser à Outlast en parcourant le lugubre bâtiment. L’horreur est d’ailleurs assez similaire et repose sur quelques jumpscares et la peur de l’inconnu. C’est là que cette démo se révèle assez inquiétante pour la suite. En effet, si elle n’est pas qu’un simple artifice pour coller à la formule P.T, elle devrait tout de même être représentative de l’atmosphère qui régnera dans l’intégralité du jeu, c’est d’ailleurs ce qu’expliquait l’équipe lors d’une interview, en disant que cette démo sert à donner un aperçu de leur concept de l’horreur et de l’atmosphère qu’ils souhaitent véhiculer dans Resident Evil 7. Force est de constater que cette atmosphère est assez similaire à celle de tous les jeux d’horreur qui sortent depuis quelques années, qui ont plus pour but de faire brayer quelques joyeux lurons sur Youtube que de proposer une expérience riche et à l’identité forte.

Parlons en, d’ailleurs, de cette fameuse identité, en reprenant la comparaison entre la démo P.T et celle de Resident Evil 7. Lorsque nous traversions le couloir de P.T, nous étions face à une atmosphère pesante, oppressante et mystérieuse, renforcée par un travail sonore extrêmement convaincant. De plus, cette démo montrait que le projet Silent Hills serait axé sur la psychologie et le paranormal, ainsi que sur des énigmes, des points récurrents dans la série. P.T nous montrait donc quelque chose d’original, un véritable virage dans la série des Silent Hill, tout en gardant des éléments récurrents à cette dernière. Dans ce que nous avons pu voir de Resident Evil 7, l’identité de la série n’est aucunement percevable, mis à part l’aspect horrifique. L’esprit de la série, qui avait toujours été axée sur de la série Z, avec des zombies, des créatures géantes, gluantes et visqueuses, des personnages toujours hauts en couleurs et un sens de la démesure très plaisant, semble avoir été totalement éclipsé pour ce nouvel épisode. Bien heureusement, l’équipe derrière le jeu a expliqué qu’ils n’oubliaient pas le reste de la série et que Resident Evil 7 était bien une suite et non un reboot, nous indiquant que l’univers de la saga ne sera pas oublié. Nous pouvons d’ailleurs retrouver un indice amusant dans la démo, à savoir le logo d’Umbrella Corp sur une photographie.

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Si certaines déclarations sont rassurantes, d’autres le sont beaucoup moins, comme lorsque l’équipe derrière le jeu explique que ce dernier ne mettra pas en scène un personnage surentraîné afin qu’il soit plus vulnérable. Ce point pourrait être tout à fait louable si la majeure partie des jeux récents n’adoptait pas cette idée, nous pouvons bien entendu citer Outlast, Amnesia, ou encore Alien Isolation et surtout, si le titre n’était pas un Resident Evil. Il est en effet intéressant de jeter un œil vers le passé et de se souvenir avec nostalgie du temps où la série réussissait à faire sursauter le joueur tout en lui proposant de l’action durant toute l’aventure. Le choix de mettre en scène un personnage vulnérable pour provoquer une peur plus vive semble plus une question de facilité qu’autre chose, une volonté de s’aligner avec les autres jeux d’horreur à succès, comme si c’était par défaut et qu’ils ne pouvaient rien proposer d’autre pour renouveler leur licence. Cela peut aussi se percevoir dans le choix d’une vue à la première personne. Bien entendu, c’est un choix comme un autre et il peut très bien être pertinent, il ne s’agit pas là de s’énerver face à ce changement, à l’image des fans de la série qui s’offusquaient quant à la caméra à l’épaule amenée par Resident Evil 4, mais de remarquer que la plupart des jeux d’horreur, comme ceux que nous citions plus haut, adoptent cette vue FPS. Les développeurs ont d’ailleurs confirmé que cette vue serait de rigueur dans le jeu final, comme le sous entendait déjà l’annonce que ce dernier sera entièrement jouable en réalité virtuelle. Au final, toutes ces nouveautés qui s’éloignent de l’essence même de la série ne sont révolutionnaires qu’au sein de cette dernière et ne font aucunement preuve d’innovation quant au média vidéo-ludique et on imagine mal ce que cet épisode pourra apporter de plus que les autres productions horrifiques à la première personne.

 

Ce que nous avons pu voir de ce Resident Evil 7 témoigne aussi d’une occidentalisation certaine de la licence, engrangeant une énième perte d’identité. Certes, la fameuse saga horrifique n’a jamais caché ses influences occidentales, avec une réalisation et des scénarios très Hollywoodiens, et la manière dont la série évoluait suivait cela, notamment avec Resident Evil 6. Cependant, nous pouvions toujours sentir qu’il s’agissait d’une série japonaise, que ce soit pour le sens de la démesure, la direction artistique ou encore avec le design des créatures et le concept d’horreur en lui même. Il est clair que la conception de l’horreur en occident et dans les pays asiatiques n’est pas la même, en témoigne la production cinématographique mettant en scène ce genre, avec des titres tels que Ju On ou Ringu. Ce clivage est aussi perceptible dans la production horrifique dans le média vidéo-ludique, les exemples sont nombreux, mais plus récemment, nous avons pu le voir avec des titres tels que The Evil Within de Tango Gameworks, dirigé par le créateur même de Resident Evil, ou encore, un titre moins connu : Dreadout, un jeu d’horreur indépendant réalisé par le studio indonésien Digital Happiness. Ces deux exemples n’ont rien à voir, dans leur approche de l’horreur,  avec des titres occidentaux tels que Alien : Isolation ou Until Dawn. La démo de Resident Evil 7 ne semble pas adopter une approche asiatique de la grammaire horrifique et il est impossible de différencier le titre d’un Outlast, ce qui est malheureux pour une si culte saga qui est censée avoir imposée sa patte dans l’histoire du jeu vidéo. Notons par ailleurs que Resident Evil 7 ne sera pas scénarisé par un japonais mais par un occidental, ce qui est une première dans la série, à savoir Richard Pearsey, qui a largement fait ses preuves avec des titres tels que Spec Ops : The Line, par exemple.

La démo de Resident Evil 7 semble dénuée d’une identité propre et ressemble à tout ce qui a déjà été fait. Il est amusant de noter que ce triste constat représente ironiquement une certaine cohérence qui nous fait remonter aux origines de la saga et à ses influences. Lorsqu’elle fut créée en 1996 par le génial Shinji Mikami, les inspirations majeures de ce dernier étaient cinématographiques, avec des films tels que Night of the Living Dead, de Romero (1968), I Walked With a Zombie, de Jacques Tourneur (1943) ou encore Frankenstein, de James Whale (1931). Autant d’influences qui ont logiquement amenées les bases de la série, tintées de gore, d’expériences scientifiques folles et de zombies et autres créatures fantastiques. Le scénario a toujours été très Hollywoodien aux accents de Blockbuster, s’ancrant dans une ambiance nanar tout à fait assumée. Continuons quelques lignes à propos de l’évolution du cinéma horrifique, qui n’a fait que se mouvoir jusqu’aux années 2000, où tout a changé avec l’apparition de grands succès amenant une nouvelle manière de concevoir l’horreur : Le found foutage, notamment avec le film The Blair Witch Project, de Eduardo Sanchez et Daniel Myrick (1999). Depuis, de nombreux métrages horrifiques filmés à la première personne ont été réalisés jusqu’à pulluler dans la production du cinéma d’horreur, faisant que bon nombres d’œuvres se ressemblent et ne possèdent pas de véritable identité, vous voyez déjà où je veux en venir. Les zombies, créatures des marais, monstres cornus et velus ont laissé place au paranormal et aux possessions démoniaques. La série des Resident Evil, qui avait débutée avec les influences que nous citions plus haut et qui possédait une identité propre, se décline avec ce nouvel épisode en un jeu à la première personne, qui fait plus penser à des films tels que Grave Encounters et compagnie que The Night of the Living Dead, s’inscrivant dans une longue liste de jeux horrifiques qui se ressemblent tous les uns les autres, les rendant de ce fait assez insipides. Le mariage entre Resident Evil et le cinéma semble bel et bien être pour le meilleur et avec ce septième épisode, il se pourrait bien que ce soit aussi pour le pire.

Le virage de la série : Véritable audace ou opportunisme à peine déguisé ?

D’après les dires du directeur et du producteur, Resident Evil 7 serait en développement depuis deux ans, ce qui légitimerait la sortie en 2017. Beaucoup désignent le virage de la série comme une réelle audace, mais ce dernier semble plutôt motivé par un opportunisme assez mal camouflé, comme si Capcom avait adoptée la mentalité du « Plus c’est gros, mieux ça passe ! ».

Ainsi, Resident Evil 7 semble vouloir surfer sur le buzz qu’avait créé un projet dont les cendres sont encore tièdes, reprenant tout ce qui avait su provoquer la hype des joueurs, de la communication aux nouveautés intégrées à la saga Silent Hill, avec cependant moins de talent, puisque la démo présentant ce que sera en partie le jeu se révèle assez décevante, avec une conception de l’horreur artificielle et sans saveur, se basant encore une fois sur le succès de jeux horrifiques récents que nous avons déjà assez cité dans cet article. Notons aussi que l’un des arguments du titre est qu’il sera entièrement jouable en réalité virtuelle, qui sortira du côté de chez Sony en octobre prochain, soit quelques mois avant la sortie du futur épisode de la série de Capcom. Ainsi pouvons-nous nous demander si ce dernier n’aurait pas décidé d’user de  l’engouement d’une technologie naissante et fort intéressante pour se vendre encore mieux, malgré le fait que l’équipe ait expliqué en interview que cette technologie est seulement apparue au bon moment. D’après ce que nous avons vu, l’ADN de Resident Evil n’est presque pas perceptible dans ce nouvel épisode. Peut être que le jeu final sera beaucoup plus marqué par l’univers de la saga, mais pour l’instant, force est de constater que c’est loin d’être le cas. L’audace n’aurait-elle pas résidé dans le fait de créer une nouvelle licence qui ne serait pas emprisonnée par un univers et une base déjà existants ? Le média vidéo-ludique est marqué par cette difficulté qu’ont les créateurs et les éditeurs à mettre fin à leurs séries à succès, créant moult spin-off et autres suites incessantes. Il est probable que Capcom mise beaucoup sur le succès du titre de la saga, ce qui peut inquiéter quant au prochain épisode qui, si les éléments hypothétiques décrits dans cet article sont avérés, usera de fan service tout à fait artificiel pour rappeler que l’on se trouve dans un Resident Evil et non un Outlast.

 

Il est bien entendu trop tôt pour dresser un portrait définitif du prochain titre horrifique de la firme japonaise, mais aussi pour crier au génie quant à la pseudo audace de cette dernière. Resident Evil 7 sera certainement un bon, peut être même un excellent jeu d’horreur, mais d’après ce que nous avons pu voir et lire durant cet E3, il y a de quoi s’inquiéter largement à propos de l’identité même du titre vis à vis de la série dans laquelle il s’inscrit et des intentions des créateurs. Attendons maintenant jusqu’au 24 janvier 2017 pour pouvoir poser nos mains sur ce titre et voir si cet article est à côté de la plaque ou non. D’ici là, nous pouvons croiser les doigts pour que ce soit le cas et nous dire que malgré tout, ça ne pourra jamais être pire qu’une saga culte du jeu vidéo qui se transforme en vulgaires machines à sous dans quelques salles japonaises.

 



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