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Until Dawn, la peur au ventre

Il était une montagne qui avait enseveli en son sein un passé mystérieux. Une famille en proie à un dégénéré, une fête d’adolescents à la limite de la débilité qui se finit sur la mort de deux jeunes jumelles, et une neige sans fin qui recouvre la silhouette de macabres événements, c’est dans cette atmosphère que nous plonge Until Dawn, le dernier né de Supermassive Games. Empruntant des ingrédients dans le chaudron des méandres de l’horreur cinématographique, puisant son essence dans des œuvres telles que Evil Dead, The Descent, Halloween ou la Cabane dans les bois, cette expérience vidéo-ludique fut pour moi une véritable surprise.

Violent Cop (1989) – Kitano Origins

S’il avait déjà goûté au cinéma en tant qu’acteur, comme dans Furyo de Nagisa Oshima en 1983, c’est en 1989 que Takeshi Kitano se plonge totalement dans le septième art en se plaçant derrière la caméra. C’est par ailleurs presque par hasard qu’il arrive à cette place puisque le film était censé être réalisé par Kinji Fukasaku, notamment célèbre pour le fameux Battle Royale. Du projet de Fukasaku, Kitano ne gardera que la trame principale et le titre, mais aussi l’acteur principal, à savoir lui même. Le métrage initial devait être un polar classique comme le réalisateur en a beaucoup fait. Kitano va garder ce genre en opérant tout de même un changement narratif majeur, mettant le personnage principal au centre d’intérêt.

Rêves – Kurosawa rêvait de cinéma

Quand les réalisateurs dévoilent ce qui se cache dans leur esprit sous forme de pellicules, le rendu est souvent particulièrement touchant et nous rapproche un peu plus de la personne derrière la caméra. C’est du haut de ses 80 ans que le grand Akira Kurosawa, adulé par toute une génération de cinéastes comme Georges Lucas ou encore Steven Spielberg, va nous plonger dans ses rêves et ses cauchemars. Rêves, ou Yume dans sa version originale, est un film datant de 1990, soit l’une de ses dernières œuvres. C’est sous forme de huit courts métrages, de huit rêves, que le cinéaste japonais nous fait part d’une introspection presque autobiographique, évoquant ses craintes, ses émotions et ses passions, de l’enfance jusqu’à la vieillesse.

Bloodborne, fly me to Yharnam

From Software fait fi de l’armure, du glaive et du bouclier. Le tournoiement presque dansant autour des ennemis, lent et observateur, pour ne pas dire délicat, n’est plus vraiment de la partie. S’en est fini de la déstabilisatrice parade millimétrée. En lisant ceci et pour peu que vous ayez fait un Souls dans votre vie, je suppose que vous vous êtes évanoui, la larme à l’œil et le regard maudissant les pauvres développeurs nippons. J’ai beaucoup lu, sur les forums et sur certains sites, des avis, positifs ou négatifs, comparant Bloodborne avec Dark ou Demon’s Souls.
Certains sont insatisfaits, d’autres font remarquer ce que le titre a à offrir de plus que ses prédécesseurs. Mais voyons, chers amis, ne savez-vous point lire ? N’avez-vous pas vu que les lettres ne forment pas un Souls mais un Bloodborne ? Ne soyons pas réducteurs envers ce nouveau-né, ne le voyons pas comme le « fils de … », mais plutôt comme un être entier, une œuvre unique. Certes, elle garde des points héréditaires, mais elle n’a pas que ceci pour elle et c’est ce que je vais tenter de vous expliquer dans les prochaines lignes, chers lecteurs au sens critique aguerri.

bloodborneLa noirceur du titre n’a d’égal que la pâleur des brumes lunaires.

Je me balade dans les sombres rues de Yharnam, au style gothique et sombre, Londonien, Victorien. Aux pavés jonchés de crasse et de sang, que la brume a pris comme amant. La lune fait pâlir les zones sombres que la lumière des torches et des feux n’a pas encore prises sous son aile. Personne n’est là pour accueillir l’étranger que je suis. Les portes en bois, que des lanternes rouges illuminent, sont fermées. On me dit qu’on ne m’ouvrira pas. Car ce soir, les rues ne sont pas sûres. Ce soir, c’est nuit de chasse. Alors ma route continue, j’erre au milieu des carrosses trébuchants et des cadavres de bestiaux que moult insectes infestent et dévorent comme s’il s’agissait de leur dernier repas. Je ne sais pas ce qui m’attend, le mystère a enveloppé tout mon être. Je ne suis pas en mesure de reculer, et je ne le souhaite pas. Je suis attiré par cette ville que je ne connais pas, attiré par sa noirceur et par l’odeur du sang. Attiré par ses petites ruelles, ses forêts et ses cathédrales. J’en oublie presque le joystick avec lequel je contrôle mon avatar, car au bout de quelques minutes dans cet univers, l’immersion est totale.Vous l’aurez compris, l’ambiance et l’atmosphère qui se dégagent de Bloodborne sont fort séduisantes dès le premier flirt que vous entretenez avec lui. La ville de Yharnam vous happe en son être pour de nombreuses heures et vous aurez du mal à l’abandonner tant l’envie de découvrir encore plus de ses facettes sera intense. J’en jette la cause sur la direction artistique du jeu. La ville et ses environs fourmillent de détails, de contrastes et de jeux de lumière. From Software voulait faire un jeu sombre, c’est réussi. Les décors sont splendides, mais aussi inquiétants. Une forêt aux arbres immenses, cachant la pâle lumière de l’astre argenté, une cathédrale baignée dans l’ombre que seule votre torche pourra illuminer. Si l’aspect visuel s’avère être maîtrisé à la perfection, il en va de même pour la dimension sonore. De petits cris, des rires possédés, des voix étouffées viendront agrémenter votre aventure et alimenter la tension déjà palpable. Parfois, quelques violons émaneront du néant, éphémères aux notes formidables, avant d’y retourner.Puisque nous en sommes aux croches noires et blanches, je me dois de vous livrer quelques mots quant à la musique de ce Bloodborne, avant de passer à ce qui vous intéresse probablement le plus : le gameplay. Elle est d’une beauté incroyable et en adéquation totale avec l’ambiance visuelle. Toujours très sombres et aux sonorités mineures, parfois inquiétante, parfois épique. On observera une utilisation de la musique très similaire à celle que l’on peut entendre dans le cinéma d’horreur, où l’instrumentalisation sera principalement constituée de cordes et très souvent accompagnés de chœurs. Les développeurs nous avaient habitué à ne mettre de la musique, pratiquement que durant les combats face aux boss. Ici, la musique intervient de manière assez similaire, même si je l’ai trouvée un peu plus présente que dans les derniers titres du studio. Si vous n’avez pas l’intention de jouer à ce jeu, ou même si vous l’avez fini, je ne peux que vous conseiller d’écouter cette magnifique bande son sur Youtube, ou de vous la procurer -légalement bien entendu- lorsqu’elle sera sortie.

bloodborne4Mon tombeau sera votre tombeau

Nous y sommes enfin. Je vais vous donner mon avis sur le gameplay. Peut-être étiez-vous inquiets quant au fait que le jeu aurait pu être simplifié de par une rapidité et un dynamismes accrus, et bien il n’en est rien. Vous allez mourir, beaucoup mourir, énormément mourir. Vous êtes rapides -c’est une belle qualité et je vous en félicite- mais les ennemis le sont aussi, puis ils forment de petits groupes très agressifs. Les gangs de la banlieue de Yharnam sont dans la place et ils ne sont pas ravis de vous voir arriver en leur contrée.
Comme je le disais en introduction, s’en est terminé des parades au bouclier. D’ailleurs, s’en est terminé du bouclier tout court. Il fait place ici à une arme à feu qui servira de contre, pourvu que vous ayez des munitions dans votre poche, limitées au nombre de vingt. Quand votre torche sera rangée, c’est cette arme qui occupera votre main gauche, pendant que votre main droite sera crispée sur la garde d’une épée ou sur le manche d’une hache. Vous pourrez faire fi d’une deuxième arme pour transformer l’arme principale en une arme à deux mains, ce qui vous permettra de faire plus de dégâts et d’avoir une portée plus longue, mais qui vous fera perdre en rapidité. Il sera donc de bon ton de bien analyser vos ennemis pour savoir quelle méthode vous devrez appliquer et à quel moment vous pourrez les contrer avec une attaque faisant des dégâts dévastateurs. Vous pourrez aussi les étourdir en faisant un coup chargé dans leur dos avant de leur assainir le sort qu’ils méritent en leur déchirant littéralement les boyaux, ce qui aura comme conséquence de tâcher votre magnifique manteau en cuir ou en hermine -oui, le sang reste sur les vêtements du personnage, et ça, c’est cool- .
Quelques éléments vont aussi vous aider à récupérer des points de vie, comme des fioles de sang, limitée au même nombre que les munitions, ou encore des attaques lancées directement après avoir pris des dégâts. Vous pourriez penser que ceci facilite grandement le gameplay, mais que nenni, car c’est une technique risquée et il faudra prendre son courage à deux mains pour attaquer à nouveau la créature qui vous aura déjà bien amoché pour récupérer de précieux points de vie.

Finalement, le gameplay de ce Bloodborne n’a pour moi aucun défaut, si ce n’est une caméra parfois un peu hasardeuse. Il est parfaitement huilé, dynamique, juste et sans faille. Je me suis étonné à m’émerveiller devant ce que je faisais parfois après des heures d’entraînement, où je connaissais tellement bien les ennemis que j’avais l’impression de danser avec eux. Un pas en arrière alors qu’ils en faisaient un en avant, un contre bien placé laissant sa place à une course vers l’ennemi pour lui octroyer un fatal coup. Si le jeu joue avec nous de par sa difficulté, il nous donne aussi le plaisir de jouer avec lui lorsque nous avons réussi à le maîtriser. Et c’est ça, aussi, Bloodborne. La satisfaction liée au fait de devenir meilleur et de ne plus faire les mêmes erreurs que quand nous étions au premier niveau.

bloodborne2Invitation au voyage

Je vais conclure ici, en espérant ne pas vous avoir assommés avec ces nombreuses phrases. Mais il était important pour moi de bien détailler tout ce que j’ai aimé dans ce titre. Je me rends compte que je n’ai pas parlé du scénario, il y en a pourtant un, mais je ne vais rien dévoiler. Un conseil pour la route : Lisez les descriptions de tous les objets, sans quoi vous aurez l’impression d’avoir avancé sans avoir croisé une seule ligne de scénario.

CONCRÈTEMENT, QU’EST-CE QUE ÇA VAUT ?

95

EXCELLENT

Bloodborne, c’est une pépite beaucoup trop rare dans la culture vidéo-ludique, une œuvre exceptionnelle qui émerveille de par un gameplay parfaitement mené et par une direction artistique à toute épreuve. Bloodborne, c’est une œuvre plus noir que le jais qui illumine pourtant mes pupilles d’étoiles volatiles quand je repense aux quarante heures que j’ai passé là-bas, à Yharnam. Fly me to Yharnam…