Skip to content

METAL GEAR SOLID V, A HIDEO KOJIMA GAME

Il est souvent difficile de dire au revoir à des choses ou individus auxquels nous sommes attachés. Cela semble parfois même surréaliste. La fin de Metal Gear Solid ? Encore un coup de Kojima dirons nous pour grappiller un peu d’espoir. Tout porte pourtant à croire que cela ne sera pas le cas et que la fin est bien là : entre nos mains (exception faite pour ceux qui n’ont pas le jeu, bien entendu). Un nombre incalculable de joueurs doit, par conséquent, sentir un (gros) pincement au cœur tout en sachant cela. Maintenant, tenons-nous la main (amen).

Plus sérieusement, Kojima nous livre aujourd’hui le dernier récit et la dernière pièce du puzzle de la saga Metal Gear Solid avant de s’envoler, ailleurs ; et il est certain que nous ne finirons pas d’entendre parler de lui dans les prochains temps à venir. Mais laissons les choses au temps, il saura gérer ça bien mieux que nous.

 

Cette critique ne se limite pas à l’expérience de l’épisode « The Phantom Pain » mais plutôt à l’entité Metal Gear Solid V. Je préfère aborder le sujet ainsi car il me semblait injuste de faire la critique d’un prologue qu’on nous a vendu, puis critiqué comme un tout alors qu’il s’agissait d’un rien (à bon entendeur, cet avis n’engage que moi). La parenthèse dorénavant close, parlons beaucoup, parlons bien, parlons (enfin) Metal Gear Solid V.

 

Metal-Gear-Solid-V-Ground-Zeroes-Wallpaper-5

 

 

PROLOGUE – GROUND ZEROES

Vendu comme tout un produit, Metal Gear Solid V : Ground Zeroes fut initialement prévu comme étant la véritable introduction de Metal Gear Solid V. Or, cet épisode au goût d’inachevé a été vendu séparément afin d’apaiser les joueurs en mal d’attendre l’épisode « V » depuis tout ce temps. Voyez ça comme le Doliprane à trente euros de Konami ça fait du bien dix minutes mais on a encore mal après (encore une fois, cet avis n’engage que moi). Ceci étant, il n’est pas dépourvu d’intérêt sur le fond ; au contraire, il a un intérêt particulier qui aurait probablement gagné à naître sous la forme d’un meilleur tout intitulé Metal Gear Solid V. La faute a un gameplay incomplet, un contenu pauvre et une technique un tantinet en deçà de ce que dévoile l’expérience finale.

Metal Gear Solid V : Ground Zeroes demeure toutefois un très bon prologue qui fait son travail avec efficacité. Par définition, un prologue permet de poser les bases d’un récit ; ce qui est le cas ici mais de manière bien particulière. Kojima cherche à faire autre chose avec ce prologue, et il le fait. « Kept you waiting, huh ? ». Big Boss doit infiltrer le camp « Omega », copie de Guantanamo, où sont Chico et Paz sont tenus prisonniers par la milice privée « XOF » et son leader « Skull Face » dont on ne sait pas grand-chose. Cependant les événements prennent une toute autre envergure lorsque le rideau se lève.

 

Si le terme « Ground Zero » détermine l’épicentre d’un tremblement de terre ou d’une explosion nucléaire, Ground Zeroes signifierait logiquement qu’il y en a eu plusieurs et par conséquent, on en déduirait que plusieurs choses bien précises ont été touchées, ébranlées, voire détruites. L’intrigue de Metal Gear Solid V se construit donc sur la destruction nécessaire de plusieurs existants. Et ces existants, vous les connaissez bien. Ainsi s’achève l’épisode Ground Zeroes…

 

 

 

 

CHAPITRE UN – V HAS COME TO

… et commence Metal Gear Solid V : The Phantom Pain. « From the man who sold the world ». Infirmières et médecin défilent, là, dans cet endroit encore inconnu qui semble être un hôpital mais en l’état actuel, tout est encore trop flou pour pouvoir pleinement distinguer une quelconque forme. L’impression de divaguer est forte, pourtant il est temps de se réveiller ; une bonne fois pour toute. « V has come to ».

Dès lors, les pertes et changements liés aux événements du précédent épisode sont évoqués, parfois expliqués, et le retour à la réalité se fait douloureux. Ce vide ne pourra plus jamais être comblés. La douleur fantôme est réelle. Néanmoins, l’heure n’est pas aux lamentations et tout va s’enchaîner très vite dans ce qui se présente comme une nouveau prologue ; et quelle intensité (vraiment) ! Le ton est donné : quelqu’un a détruit ce que vous aviez de plus cher et veut votre tête ; le monde veut votre tête. Et il est temps de reconstruire votre armée privée et de vous venger. « Let the legend come back to life ». Le premier chapitre du jeu est définitivement lancé.

Autrefois dirigiste de bout en bout, Kojima nous a habitué à des jeux à la construction particulièrement linéaire qui lui permettait alors de créer une expérience scénaristique et de jeu très intimement structurées et exigeantes. Digne héritier de l’épisode Peace Walker, Metal Gear Solid V s’affranchit de toute linéarité en proposant une toute nouvelle expérience qui met en exergue la richesse de ses mécaniques de jeu ; chose qui fut en grande partie oubliée du quatrième épisode numéroté de la série. Quatre grands types de missions sont dès lors proposées, jouables en ligne ou non.

 

 

2775825-1009979805-Metal

En premier lieu se présentent les missions principales liées directement à l’ensemble des événements scénaristiques et facilement reconnaissables. Ces missions sont de fait les plus importantes et mises en avant par leur couleur jaune, elles permettent de faire avancer l’histoire du jeu et de comprendre les tenants et aboutissants. Séparé en deux chapitres, le jeu comprend un total de 50 missions principales, dont 31 uniquement dédiées au premier chapitre comprenant tous les boss du jeu. Au cours de ces missions, des objectifs principaux et secrets (facultatifs) seront à accomplir. Les objectifs obligatoires sont généralement briefés en début de mission et la manière avec laquelle vous les accomplirez aura une incidence directe sur votre rang final en fin de mission. Plus vous êtes rapide, discret et efficace, plus votre rang sera élevé. Par la même occasion, il arrive parfois que certaines missions secondaires (jaunes) aient un lien direct avec les missions principales vous permettant ainsi d’en débloquer certaines ; impossible de les manquer.

En ce qui concerne les missions secondaires, disons qu’elle permettent avant tout d’agrémenter le contenu par divers types d’objectifs. Allant du déminage à l’extraction, l’objectif est avant-tout de vous amuser, de vous entraîner, de récupérer des soldats et des ressources pour votre Mother Base : un vrai bac à sable étendu sur des kilomètres. Elles ne sont par ailleurs pas limitées à un certain chapitre en particulier, ni rejouables ; contrairement aux missions principales qui, elles, le sont. Plus vous ferez de missions secondaires, plus votre manière de jouer évoluera. Et savoir jouer dans Metal Gear Solid V est important, sans quoi votre expérience de jeu risque d’en prendre un coup.

 

Oui, Metal Gear Solid V demande un minimum de propreté dans le jeu pour pouvoir jouir de ses mécaniques et conserver toute sa saveur. Il n’est donc pas question de jouer les guerriers légendaires qui bombardent et mitraillent tout sur leur passage. C’est faisable dans certaines circonstances, mais à vos risques et périls. Il est effectivement très dur de survivre face aux ennemis et leurs renforts car loin d’être dans les choux, l’intelligence artificielle du jeu est intelligente et intransigeante. Une seule erreur de parcours engendre des risques qui compromettent bien souvent une infiltration tout entière, aussi rigoureuse et difficile fut-elle. Et mon dieu que c’est frustrant de tout recommencer… ceci-dit, certains ennemis sont par moment totalement à l’ouest. Je suis parfois passé devant eux sans qu’ils ne s’en aperçoivent ou soucient plus que ça, mais cela demeure relativement rare en général. « ! ». Jouer le jeu de l’infiltration est une nécessité première.

De toute manière, le monde ouvert se prête tellement, mais tellement bien aux concepts de gameplay de Metal Gear Solid V qu’il est certainement impossible de ne pas se prêter au jeu et en être pleinement satisfait. Le fait est que l’évolutivité de l’intelligence artificielle rend l’expérience toujours différente ; il n’est jamais question d’aborder une infiltration de la même manière. Moi qui suis un joueur plutôt minutieux qui préfère les infiltrations propres, couplées aux tirs en pleine tête au silencieux tranquillisant et l’utilisation de l’environnement aie dû m’adapter et renouveler ma technique d’infiltration à plusieurs reprises. Les ennemis s’adaptent constamment au joueur et vice versa, comme lors d’une partie de tennis. Les soldats adverses étaient par conséquent souvent équipés de casques en métal ou de combinaisons à l’épreuve des fléchettes tranquillisantes et des tirs en pleine tête rendant la tâche ainsi plus compliquée qu’elle ne l’était déjà. « A tout problème, il y a une solution. S’il n’y a pas de solutions, c’est qu’il n’y a pas de problème. ». Chaque situation est d’une manière ou d’une autre solvable, et les armes sont entre vos mains car si les mécaniques de jeu de Metal Gear Solid V sont aussi solides, c’est aussi grâce à la richesse de son contenu.

 

Kojima Productions a créé et développé un arsenal d’armes, d’outils et d’objets à la richesse et la diversité si grandes qu’il y en a pour tous les goûts et styles de jeu. Encore faut-il les développer, mais rien de bien difficile. Le développement de l’arsenal se fait en partie par l’extraction de soldats compétents dans les différents domaines d’expertise (médecine, combat, ingénierie, etc), mais aussi de spécialistes en armement ou technologie de pointe. Plus vos soldats seront compétents, plus votre Mother Base sera puissante et apte à développer un arsenal plus riche. L’extraction d’ennemis n’est malheureusement pas suffisante puisque le développement nécessite aussi des ressources. Si ces éléments sont facilement récupérables sur le terrain, il existe pour autant des missions appelées « déploiements de combats » qui permettent d’assigner des unités de combat à des missions diverses (déminages, sabotages, embuscades, etc) dont les récompenses se révèlent bien souvent intéressantes (ressources, plantes médicinales, soldats et GMP). Les soldats se sentiront par la même occasion mieux intégrés à Diamond Dogs une fois assignés à des missions. Autant dire qu’il n’y a pas de quoi s’ennuyer, ou presque. « Kaz, I’m already a demon ».

 

 

mgsv-snake-demon-after-metal-gear-solid-v-the-phantom-pain-could-the-boss-get-her-own-game

 

 

CHAPITRE DEUX – SINS OF THE FATHER

Malgré sa richesse, sa complexité et son évolutivité, Metal Gear Solid V n’est pas exempt de défauts. L’un des plus flagrants réside dans sa tendance quelque peu fâcheuse à être répétitif en matière de missions. Dans un premier temps, les quêtes secondaires, sans être inintéressantes, manquent clairement de variété. Implicitement classées par catégories (déminage, extraction du prisonnier, extraction de l’interprète, …), les missions qui les composent augmentent simplement de difficulté. De ce fait, même si la façon de s’y prendre change d’une mission à une autre, le schéma d’action reste le même. Il s’agit peut-être alors d’un caprice de ma part, j’en conviens. Je trouve néanmoins cela un poil décevant, et même si l’immersion n’est pas altérée, je conçois avec un certain recul que cela peut en lasser certains (ce n’est pas mon cas). Quelques missions secondaires un peu hors normes à la manière du combat contre le dragon dans Peace Walker auraient été les bienvenues.

 

Dans un second temps, la répétitivité que je mets en lumière se manifeste limpidement lorsque les missions principales du deuxième chapitre du jeu se dévoilent. Pour être honnête, je crois que ce deuxième chapitre n’est clairement pas fini, ou du moins pas comme Kojima l’aurait voulu. Faute à une deadline trop proche et la pression de Konami sur le studio ? Tout porte à croire que c’est le cas mais rien n’est encore véridique, malgré ce que témoignent de récentes trouvailles. En tous cas, le deuxième chapitre est en grande partie composé de missions principales à refaire dans une difficulté surélevée. De quoi laisser de marbre bon nombre de joueurs qui attendaient probablement quelque chose de plus… percutant, notamment par rapport à un épisode comme Metal Gear Solid 3. Bien entendu, beaucoup de joueurs comme moi aiment le défi et n’aiment pas se complaire dans la facilité ; cependant, les défis c’est bien beau mais en missions secondaires, c’est bien mieux.

On en revient alors à une relation de cause à effets. le deuxième chapitre de Metal Gear Solid V pâtit lourdement de son manque de missions à caractère scénaristique, d’une absence de boss, d’une baisse d’intensité flagrante dans l’intrigue et d’un relâchement de rythme soudain. Une infortune qui lui cause beaucoup de mal et ne rend pas forcément service à l’ensemble du jeu, dont la construction décousue du scénario dépeint sur l’immersion. Ce chapitre deux n’est heureusement pas dépourvu d’intérêt car loin de l’action prend progressivement place un spectacle émotionnel d’une rare intensité et s’ouvre alors le livre des vérités. « From the man who sold the world ».

 

 

metalgearsolidv

 

 

Here’s to you, Kojima-san

Metal Gear Solid V met fin à une longue saga de jeux à la réalisation léchée et aux traits singuliers dont seul Kojima Productions, mené par le chef d’orchestre Hideo Kojima, a le secret. Le jeu n’est pas totalement parfait mais témoigne d’une passion certaine pour le jeu vidéo et d’une estime inconditionnelle pour les fans de la série. Kojima souhaitait depuis longtemps travailler sur un monde ouvert, impliquant tous ses avantages et son lot d’inconvénients, et il assume ce choix jusqu’à la fin. Une belle preuve d’audace que certains éditeurs feraient bien de prendre comme exemple lorsque l’on voit toutes ces licences devenues insipides à vomir. Loin de ce qu’avait déjà pu nous montrer les précédents Metal Gear Solid, cet épisode fait certaines concessions et prend le parti du gameplay tout en restant justement équilibré sur tous ses autres aspects. On regrettera toutefois une deuxième partie de jeu trop légère et répétitive, probablement faute aux derniers événements survenus au sein de Konami. En dépit de ces quelques problèmes, Metal Gear Solid V est un incontournable qui s’impose comme un mastodonte du genre « infiltration » là où personne ne l’a encore élevé et se révèle finalement être une belle, longue (105 heures pour moi) et intense aventure au cœur d’un voyage émotionnel. Une page se tourne mais l’héritage est bien là. « Here’s to you Kojima-san ».



Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :