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Journey, un voyage initiatique jusqu’au Nirvana

Le jeu vidéo est-il un art ? C’est une question qui suscite beaucoup de débats dans la sphère des joueurs, et je suis de ceux qui pensent que le jeu vidéo en est un. Pour moi, le jeu vidéo est un ensemble d’art qui en font un art plus entier que les autres, au même titre que le cinéma, et c’est ce qui le rend si riche et profond. L’un des jeux qui me conforte dans cette idée est Journey. Un petit jeu indépendant développé par Jenova Chen et son studio « ThatGameCompany » qui n’a pas la prétention d’être considéré comme un blockbuster mais plutôt comme une poésie vidéo-ludique. Et c’est véritablement le cas car Journey est une pépite, une expérience unique et surtout un jeu profond, intelligent et d’une beauté transcendante qui mène le joueur à raisonner sur la vie et la mort.

La vie est un chemin long et périlleux

De vastes étendues de sable se dressent devant vous, vous qui méditez face à ce qui semble être un désert sous un ciel bleu et un soleil miroitant. Quelques secondes s’écoulent et vous vous décidez à vous lever pour enfin débuter votre périple vers cette imposante montagne dressée à l’horizon. Ainsi débute Journey.

L’aventure commence dans le corps d’un petit personnage assez particulier et fragile, vêtu d’un vêtement fait de tissu rouge orné de coutures dorées. Un petit être sans voix dont le seul son qu’il puisse dégager de son corps est semblable à celui d’un chiot. Bien évidemment, vous ne connaissez rien de celui-ci, ni pourquoi il désire atteindre le sommet de cette montage qui se dresse à l’horizon et semble dominer ce monde pittoresque. La distance séparant ce personnage de son but peut être vu comme celle entre vous et lui. Vous ne savez rien de lui, et pourtant c’est au fur et à mesure que vous avancerez dans le jeu, et donc vous approcherez de cette montagne, que vous allez finalement créer un lien puissant avec votre personnage et effacerez la distance entre vous deux. Vous ressentirez sa peur, sa volonté, sa douleur mais aussi sa fragilité. Des sentiments et émotions flottants qui surgiront instinctivement en vous tout au long de votre périple, plus précisément celui de la vie jusqu’à la mort.

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Dans la vie, nous suivons notre destin et marchons de jour en jour droit vers la mort. Nous sommes tous destinés à mourir, c’est un phénomène inéluctable et nous ne pouvons y échapper. Dans ce parcours qu’est la vie, il y a des obstacles, des moments d’adversité et de joie, nous y faisons des rencontres parfois très brèves et d’autres uniques. Tout cela est raconté dans Journey de façon très poétique et touchante. Dans ce petit jeu, vous ne faites pas que contempler, vous vivez car vous n’êtes pas un simple spectateur mais avant-tout un acteur. Et comme une pièce de théâtre, d’autres acteurs peuvent venir vous épauler dans votre périple.

Parce qu’à deux, c’est toujours mieux

L’une des particularités de Journey est qu’il vous permet de vivre une expérience seul ou à plusieurs. En effet, durant votre partie, si vous n’avez pas désactivé le mode en ligne, d’autres petits êtres de la même espèce que la votre pourront vivre avec vous l’histoire du jeu et lui apporter une dimension totalement différente et certainement plus forte en émotion. Ces personnages sont dirigés par des joueurs détenteurs du jeu, et non des bots, qui sont totalement anonymes et dont le pseudo PlayStation ne vous sera dévoilé que lorsque vous aurez fini l’aventure.

Grâce à cela, ThatGameCompany propose une dualité à son jeu qui ira en faveur du joueur et de son expérience de jeu. Jouer seul vous permettra de réaliser à quel point la vie est dure mais pas insurmontable quand on est livré à soi-même. D’autre part, jouer avec d’autres joueurs vous fera remarquer que l’amitié, le soutien mutuel et la vie à plusieurs est bien plus joyeuse et moins dure à supporter car il y aura toujours quelqu’un pour endurer cela avec nous, et ce jusqu’à la mort. C’est en cela que Journey est un véritable voyage initiatique mais aussi un long périple où les sens et les émotions se mêlent pour vous faire vivre quelque chose de personnel, prenant et unique qui laisse place à la réflexion sur la vie.

Vers le Nirvana

S’il y a bien une chose qui puisse flatter votre rétine dans Journey, c’est bien sa direction artistique. Le travail apporté sur ce point du jeu est réellement incroyable et contribue allègrement à l’immersion. Une réelle immersion dans un monde qui éveille notre soif d’exploration et nous laisse contemplatif face à ce qui peut s’apparenter à des tableaux vivants. Le monde dans lequel nous sommes plongés est si pittoresque qu’il nous arrive parfois de nous poser et d’admirer le soleil effleurer les milliers de grains de sable et créer une mer d’or brillant de milles feux. Il m’est souvent arrivé de faire une pause et laisser méditer mon personnage avec un autre joueur pour contempler cette peinture qui prenait vie devant nous. Un émerveillement à son paroxysme.

Les décors et vastes étendues dans lesquels nous avançons sont d’une rare beauté et nous transportent dans un monde créé de toute pièce par l’équipe du projet. Entre déserts ensablés et enneigés, cités souterraines et les portes du Nirvana, autant vous dire que Journey vous fera voyager au pays des milles et une histoires car c’est exactement pour cette finalité que Journey existe, pour vous faire vivre, créer et enrichir vos histoires.

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ThatGameCompany semble grandement s’inspirer des décors de divers coins du monde et sûrement quelques légendes. On notera le Moyen-Orient avec ces dunes de sables, ces architectures faites de terre rougeâtre, ces couleurs très chaleureuses ainsi que l’apparence de notre personnage et son vêtement orné de motifs dorés. Les cités souterraines et leurs créatures semblables aux sentinelles de Matrix rappellent le monde de la légende d’Atlantis, cité submergée par les flots longtemps imaginée, redécouverte et reproduite. Et pour en revenir à la montagne tant convoitée, celle-ci semble être étroitement liée au Nirvana. Pour rappel, Nirvāṇa est un terme qui signifie « extinction » d’une flamme ou d’une fièvre, étymologiquement « ex-spiration » , et par extension « apaisement » puis « libération ». En Asie de l’est, ce mot signifie  « passer au-delà la souffrance ». On en déduit donc que les portes du Nirvana sont les portes menant à la mort. En jouant à Journey, on découvre les merveilles de la vie au travers de la direction artistique et en arpentant tous ses tableaux, souffre en faisant face à l’adversité (se cacher des sentinelles) et aux obstacles naturels (blizzards et canicule) et finalement, en atteignant cette montagne qui nous offre ses portes recelant cette intense lumière visible au loin, on obtient la paix, la sérénité et passe au delà de la souffrance. Et c’est ce qui définit exactement le Nirvana, c’est-à-dire l’apaisement et la libération. Tant de sentiments et moments que nous vivons et qui disparaissent lorsque l’on prend notre envol vers la libération et le dénouement du jeu.

BILAN

Journey est d’une richesse rare et peut se vanter de faire en trois heures ce que d’autres productions à plus gros budget essaient désespérément de réaliser en une dizaine d’heures. C’est-à-dire un univers d’une richesse et beauté rare, vivre une expérience réellement unique et immersive, une histoire touchante, forte et profonde poussant à la réflexion sur la vie, et pour finir, rapprocher intelligemment et créer une symbiose entre deux joueurs le temps d’un récit poétique et d’un voyage lyrique au cœur d’un monde à la beauté frappante et saisissante. Les mots n’existent plus, seule la symbiose de deux esprits agit pour créer une expérience , que dis-je, pléthore d’expériences envoûtantes et déroutantes à partager. L’équipe de ThatGameCompany a réalisé une pépite inestimable bien au delà de son ainé, Flower et qui joue de sa créativité, aux dépends du gameplay et de la durée de vie, dans le but de privilégier l’expérience émotionnelle et l’immersion.



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