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Himizu, connais-toi toi-même

Un film s’ouvrant sur une récitation d’un poème de François Villon sur fond d’images d’une ville dévastée, Fukushima en l’occurrence, accompagnée par les premières notes du Requiem de Mozart, ne peut être qu’un bon film. C’est ainsi que débute Himizu, œuvre de l’excellent cinéaste japonais Sion Sono. Ce dernier est très certainement l’un des réalisateurs contemporains d’origine japonaise les plus extrêmes. Ayant fait ses premières armes dans l’expérimental puis plus tard dans la rue, son cinéma est un art du dynamisme, de la vitalité, un cinéma du corps et qu’on pourrait désigner comme étant resté, avec virtuosité, à l’état brut. Mais nous aurons l’occasion de reparler de ce fabuleux artiste lors d’un dossier dédié à tout son travail. Ce qu’il est important de voir ici, c’est que Himizu reste fidèle à cette approche frontale et pourtant subtile de la réalisation. Un film frontal dans le style, donc, mais frôlant le philosophique dans les thèmes qu’il aborde.

Violent Cop (1989) – Kitano Origins

S’il avait déjà goûté au cinéma en tant qu’acteur, comme dans Furyo de Nagisa Oshima en 1983, c’est en 1989 que Takeshi Kitano se plonge totalement dans le septième art en se plaçant derrière la caméra. C’est par ailleurs presque par hasard qu’il arrive à cette place puisque le film était censé être réalisé par Kinji Fukasaku, notamment célèbre pour le fameux Battle Royale. Du projet de Fukasaku, Kitano ne gardera que la trame principale et le titre, mais aussi l’acteur principal, à savoir lui même. Le métrage initial devait être un polar classique comme le réalisateur en a beaucoup fait. Kitano va garder ce genre en opérant tout de même un changement narratif majeur, mettant le personnage principal au centre d’intérêt.

Rêves – Kurosawa rêvait de cinéma

Quand les réalisateurs dévoilent ce qui se cache dans leur esprit sous forme de pellicules, le rendu est souvent particulièrement touchant et nous rapproche un peu plus de la personne derrière la caméra. C’est du haut de ses 80 ans que le grand Akira Kurosawa, adulé par toute une génération de cinéastes comme Georges Lucas ou encore Steven Spielberg, va nous plonger dans ses rêves et ses cauchemars. Rêves, ou Yume dans sa version originale, est un film datant de 1990, soit l’une de ses dernières œuvres. C’est sous forme de huit courts métrages, de huit rêves, que le cinéaste japonais nous fait part d’une introspection presque autobiographique, évoquant ses craintes, ses émotions et ses passions, de l’enfance jusqu’à la vieillesse.

Le vent se lève – Ces rêves qui vous poussent vers l’avenir

Annoncé comme le dernier film de Hayao Miyazaki (Voyage de Chihiro, Mon voisin Totoro, Ponyo sur la falaise, …), célèbre réalisateur des studios Ghibli, « Le vent se lève » (Kaze Tachinu) fut attendu avec un énorme enthousiasme par le monde entier. Sorti le 22 janvier dans les salles obscures françaises, le film fut très bien accueilli par la presse et reçut de nombreuses éloges. Des remarques dithyrambiques qui témoignent de la passion, du savoir-faire et de l’amour que Miyazaki a oeuvré dans ce travail faisant office d’hommage à Jiro Horikoshi.

Avant-propos concernant le film et son réalisateur

Lors de sa sortie en Asie, le film « Le vent se lève » a été au centre de quelques polémiques à l’encontre des thèmes abordés s’attaquant parfois à Miyazaki. Les deux pays à avoir soulevé ces vagues de polémiques sont le Japon, et la Corée du Sud.

La population japonaise est bien connue pour être très, voire trop, patriotique. Les japonais aiment leur pays, se repose énormément sur leur propre marché au dépend de l’international, et n’hésitent pas à montrer cet amour nationaliste (ils ne sont pas tous comme ça, attention). Alors, bien évidemment, quand un japonais fait quelque chose qui échappe à leur raisonnement ou ne met pas son pays en valeur, c’est mal. Le Japon étant une île, il souffre du syndrome de l’infériorité et cherche à se complaire dans un idéalisme de supériorité à travers les produits issus de son marché (d’après mon professeur de japonais, lui-même japonais). Le réalisateur a donc été victime d’une vague de propos à son égard le dénonçant comme étant un homme « anti-patriotique ».

En Corée, l’affaire est tout autre. Le film y est vu comme une apologie de la guerre vantant ainsi ses méfaits. Le Japon n’a pas toujours été en de bons termes avec son voisin coréen (et il ne l’est toujours pas… de nombreuses écoles coréennes apprennent aux enfants que le Japon est leur ennemi et qu’il est à haïr), et peut-être bien que cette façon de voir « Le vent se lève » comme tel est le fruit de ces tensions continuelles.

Le film fut très bien accueilli en occident, et cela prête à penser que la critique peut rapidement devenir subjective si une œuvre ne satisfait pas l’ego d’un peuple, ou si son message est mal interprété. Mais bien évidemment, cela ne tient que de ma pensée personnelle.

Un récit poétique où les rêves prennent leur sens

Dans son œuvre, Hayao Miyazaki aborde de nombreux thèmes avec une grande maturité mêlée à une naïveté infantile assumée qui ont souvent fait la force de ses travaux. Le rêve en est un, et il représente l’essence-même du film. Jiro est, en effet, un jeune homme talentueux et passionné qui ne vit que pour son rêve : celui de créer des avions comme Giovanni Caproni qu’il admire et qu’il rencontre souvent dans son sommeil.

Ce monde de songes semble être lié au monde réel, mais en fait, il ne s’agit que du jardin secret de Jiro. Là où les choses qui lui sont les plus chères se trouvent (ses espoirs, ses rêves, son amour, …). Un monde merveilleux bien loin de la réalité qui, elle, vit un conflit. Le Japon est, effectivement, entré en guerre et subi aussi de nombreuses catastrophes naturelles (séismes et incendies) qui ravagent tout sur leur passage. D’ailleurs, Miyazaki ne se tient pas à une image simple de la catastrophe naturelle, mais plutôt à une vision cauchemardesque qui tend à réellement renforcer son aspect dramatique et tragique. Une manière de la représenter qui se veut révélatrice de l’ampleur des dégâts qu’elle occasionne au delà de sa simple manifestation, et ce n’est pas sans rappeler la funeste catastrophe japonaise de mars 2011.

Malgré tout, Jiro rêve toujours de pouvoir créer les avions qu’il ne cesse de dessiner de jour en jour. Ce rêve si fort lui permet d’avancer, d’intégrer une puissante entreprise en aéronautique et de rencontrer de nombreux individus, dont celle qui deviendra sa femme. Le désir de connaissance continuel et les fortes ambitions éprouvées par Jiro peuvent être vues comme une apologie de la science qui, elle même, n’est autre qu’une quête vers le savoir. Travailler pour pouvoir vivre ses rêves, et non rêver sa vie. C’est un peu ce que veut faire comprendre Miyazaki au travers de son ultime chef d’œuvre dans lequel il y appose son empreinte et sa science: « Le vent se lève » est son dernier testament.

 

92

Magnifique

CONCRÈTEMENT, QU’EST-CE QUE CA VAUT ?

Le vent se lève est un récit poétique et mature où se mêlent la passion, l’amour, la fascination et un combat pour la vie mais aussi contre la fatalité du destin. Une maturité à laquelle se rajoute une pointe de naïveté, de joyeuseté et d’innocence qui contraste avec des thèmes bien plus durs abordés et qui permet de rendre l’œuvre accessible à un plus large public. Les enfants y verront une jolie histoire pleine de valeurs et moralisatrice, tandis que les adultes cerneront bien plus la maturité qui se cache dans le fond et verront probablement le film comme une œuvre romantique, musicalement riche et passionnante mais aussi, et surtout, un magnifique hommage au créateur du Mitsubishi A6M Zero.

La traversée du temps – Le voyage temporel revisité

La traversée du temps (Toki wo Kakeru Shōjo) est un film d’animation japonais sorti en juillet 2006 au Japon et un an plus tard, en juillet 2007 en France. Il est produit par le célèbre studio Madhouse, auteur notamment des séries Btooom! et Highschool of the Dead. Cette production a marqué le tournant de la carrière de son réalisateur, Mamoru Hosada. Elle lui permettra d’acquérir une certaine notoriété et de produire par la suite des long-métrages tels que Summer Wars et Les Enfants loups, Ame et Yuki.

La traversée du temps est la suite d’une nouvelle japonaise extrêmement populaire de Yasatuka Tsutsui. L’histoire originale suit les avantures de la tante de Makoto, qui vécut une expérience similaire durant sa jeunesse. Le lien entre les deux oeuvres n’est pas forcément évident pour le public français, mais les deux histoires se chevauchent.

Time waits for no oneTime waits for no one

La traversée tu temps suit l’histoire d’une jeune fille dénommée Makoto et de ses amis Kosuke et Chiaki. A eux trois, ils forment un trio qui passe son temps à jouer au baseball. Makoto est une fille assez excentrique, masculine et tête en l’air. Elle ne fait pas réellement attention à ce qui se passe autour d’elle, et se retrouve souvent dans des situations délicates. Ce quotidien malchanceux, elle le vit sans se soucier de quoi que ce soit.

Le thème du long-métrage est le voyage temporel. Découvert par Makoto, ce moyen de remonter le temps transformera son quotidien malchanceux en une succession de réussites et de moments forts. Dans un premier temps, la jeune fille s’amuse de ses nouvelles libertés, et en profite pour revivre des dizaines de fois les meilleurs moments de ses journées. Ces rapides allers et retours dans le temps vont petit à petit amener de grands changements dans la vie de Makoto. Ses actes vont avoir des conséquences de plus en plus importantes et les dégâts collatéraux vont l’obliger à revivre plusieurs fois la même scène pour corriger ses erreurs. La jeune fille va sentir le poids de ses choix sur ses épaules, et les résultats de ses expériences vont lui ouvrir les yeux sur certaines choses.

Jouer avec le temps est un acte immoral

On ne tarde pas à découvrir la morale de l’histoire : jouer avec le temps est un acte immoral, et l’auteur finira un jour ou l’autre par être puni. C’est alors que le ton du film change radicalement. On passe d’un univers joyeux et coloré à des notes de piano lourdes, des plans tristes, tragiques. Mais le véritable problème du film ne réside pas là ; s’il s’était achevé sur cette révélation destructive, ma note aurait été bien plus haute.

Cependant, là où l’oeuvre trouve son charme, là où on se dit « Tiens, un long-métrage pour ados finalement crédible », tout s’écroule. Mamoru Hosada tente, veinement, de donner une suite de vingt longues minutes à son histoire finalement pas si mal. Ces vingt minutes laborieuses tenteront de nous offrir une « Happy End » et de nous délivrer un second message puéril et illogique : toutes les erreurs sont réparables. Vingt minutes finales qui feront de ce très bon film un simple blockbuster tokyoïte.

Les décors sont tout à fait honnêtes. Sans partir dans les plans « carte postale » de notre ami Shinkai dans Le jardin des mots, ils restent attractifs et très colorés. Le character design est quant à lui sobre. Et ce n’est pas plus mal : on nous épargne donc les personnages aux coiffures extrêmes et aux déguisements surchargés. Ici, place à la simplicité. C’est un peu ce qu’on apprécie principalement dans le travail de Yoshiyuki Sadamoto.

S’ajoute à cela la légèreté de la bande son, principalement composée de notes de piano. Kiyoshi Yoshida, compositeur que l’on connait très peu, réalise finalement un travail de qualité. On retrouve des morceaux mélodieux et enjoués, puis funestes et tragiques. Une bande-son qui sait se faire discrète et apporter sa touche de simplicité à l’œuvre.

 

UN DERNIER MOT POUR LA FIN ?

74
Pas mal

Une histoire touchante qui traite de la jeunesse d’une manière plutôt juste. Même si le thème du voyage temporel est vu et revu, La traversée du temps sait se faire apprécier par sa simplicité et la complicité des personnages. Cependant le film s’éternise. Là où on le pensait achevé d’une manière très cohérente, il nous offre vingt minutes supplémentaires qui n’ont, en réalité, pas lieu d’être. Heureusement, cette erreur est comblée par une qualité de réalisation très fine, simple et incroyablement efficace. Une note qui aurait pu être vraiment plus haute si Hosada avait su s’arrêter quand il le fallait.

Albator: le corsaire de l’Espace – Le film 3D

Récemment sorti pour les fêtes de Noël, Albator, ou Captain Harlock, fait partie de ces films d’animation qui arrivent à démontrer le savoir-faire des japonais en terme d’animation et à pénétrer le marché occidental. Le film s’est donc tapé l’affiche, ce 25 décembre en France, à côté de gros blockbusters telles que le Hobbit : la Désolation de Smaug. Bien évidemment, en tant qu’amoureux de la culture populaire japonaise, je n’ai pas pu résister à l’envie de voir ce film, réalisé par Shinji Aramaki, et je l’ai fait à deux reprises pour en venir à la chronique que je suis en train d’écrire, et vous de lire. C’est pas beau, ça ?

Mon Dieu, que ça en jette ! Et en 3D en plus !

Dans Albator, ça fuse de partout. Les batailles se perdent dans un cortège d’explosions et de tirs lasers oranges et bleues. Les plans et mouvements de caméra sont réussis, et procurent une certaine fluidité chère aux phases d’actions les rendant, ainsi, impressionnantes. Des effets de slow-motions apparaissent à plusieurs reprises et ce, non pas de manière anecdotique, mais avec un vrai travail de fond et de forme. Ces effets de ralenti permettent, en effet, d’accentuer la dimension épique des actions, mais aussi de la classe intersidérale, d’Albator. Pour un film d’animation, la 3D est vraiment belle et maîtrisée. L’immersion n’en est que renforcée, et permet à certains décors de prendre une ampleur bien plus importante. Des décors soignés qui laissent bien souvent contemplatifs. La citée abritant les chefs de la Coalition Gaia est époustouflante, et peut sensiblement rappeler l’architecture de Minas Tirith (avis aux fans du SDA). Toutefois, les expressions faciales de certains personnages peuvent parfois manquer de conviction et la technique d’animation du film n’a rien d’exceptionnelle. L’animation de Final Fantasy VII: Advent Children, sorti il y a déjà un moment, est clairement à un niveau égal, en terme de qualité d’animation, à ce film Albator. Outre ces détails-ci, cela n’entache en rien la qualité globale du film. Un vrai spectacle technique et visuel !

Scénario intéressant, mais pas que…

Concernant le scénario, mon constat est en demi-teinte. L’histoire se déroule après les évènements passés dans la série animée, et Albator est de retour à bord de l’Arcadia. Seulement ses ambitions sont totalement autres. Le corsaire de l’Espace ne cherche plus à protéger la Terre, ou du moins plus de la même manière. La planète est, en effet, aux mains de la Coalition Gaia et ne vit que dans l’ombre d’une illusion. Un groupuscule aux airs républicains qui cherche à empêcher Albator de mettre ses plans à l’œuvre. Mais si l’on place ce conflit politique et territorial en arrière-plan, de petites autres tensions viennent compliquer le conflit principal. Dans le fond, l’histoire est correcte, cohérente et l’intrigue se fait bien ressentir. Néanmoins, ce qui gêne, c’est bel et bien la façon dont les explications sur certains évènements ou prises de conscience sont apportées. C’est généralement vite expédié, et finalement on en sait pas plus. « Oh, Albator ! Je vais te tirer dessus, je suis un espion ! » « Libères toi des chaînes qui t’entravent.. » « *hésite* Je vais t’aider en fait ! » … J’exagère peut-être un peu, mais il y a réellement des scènes comme celle-ci. Et c’est dommage car le film aurait gagné en profondeur s’il avait été plus long et si les explications étaient plus pertinentes, ainsi ce petit arrière-goût amer aurait sûrement perdu de son intensité. J’aimerai beaucoup en dire plus mais je m’en irai dans le spoil, et cela serait vraiment dommage.

 

78

Bon

CONCRÈTEMENT, QU’EST-CE QUE CA VAUT ?

Si le film a réussi à percer en occident, ce n’est pas pour rien. Spectaculaire, soigné et poétique, Albator est un film qui se laisse voir et revoir. Shinji Aramaki montre encore une fois, à travers son œuvre cinématographique, que les japonais maîtrisent l’animation GG à la perfection, mais aussi la technologie 3D, qui n’a pas l’air d’avoir pris son pied au pays du soleil levant. Malgré des explications bien souvent trop floues, concernant certains évènements du scénario, le film se veut poétique et extrêmement dynamique. Et c’est réussi, car Albator est un film visuellement beau, mais sans plus, qui offre un spectacle démentiel comme le font si bien les japonais. Un bon film qui reste fidèle aux lignes directrices de l’anime et qui saura plaire à tous les publics, même les néophytes. Dommage que la qualité graphique semble un peu datée et que certains défauts tenant du détails viennent ternir l’ensemble de l’oeuvre.